Où vous trouverez des données sur la spiritualité, les traditions sacrées, les religions, le symbolisme, l'ésotérisme chrétien et les vieilles pierres bavardes.
Où l'idéal chevaleresque s'écrira au fil de ces lignes.
Où vous trouverez des clés pour ouvrir des portes.
Où vous lirez toutes les correspondances avec votre propre pèlerinage et le jeu de l'oie, tantôt à passer des ponts, tantôt à être bloqués dans des compréhensions figées, tantôt propulsés vers quelque nouvelle étape.
Où vous me trouverez peut-être à une croisée de chemins.
Où vous trouverez je l'espère l'étrange et lumineux pèlerin d'Emmaüs.

lundi 31 décembre 2007

Gnose et gnosticisme

Dialogue un jour, quelque part :

- « Il n'y a pas de gnose chrétienne !

- Ah bon ?

- La gnose appartient à l'ésotérique, voire à l'occulte (le gros mot est lâché), et n'a rien d'évangélique ! Le Christ ne dit pas que Dieu doit être reçu intellectualisé au mépris de la foi, d'une adhésion du coeur !

- Ah bon. J'irais dire à Origène, Denis l'aréopagite et Grégoire de Nysse qu'en employant ce terme ils n'ont pas raison contre vous. Irénée de Lyon parle tout à fait de gnose au faux nom à combattre par une gnose véritable... Il y a donc bel et bien une gnose chrétienne."


Le mot GNOSE fait dresser sur quelques têtes chrétiennes les cheveux. Son emploi est fait d'une manière précise pour décrire une pensée hété
rodoxe au christianisme officiel, pensée incarnée par les courants philosophiques et religieux du début du II° siècle.
Signifiant « Connaissance », le nom de « gnose » est utilisé
généralement et improprement pour décrire toute pensée hétérodoxe à la foi chrétienne... il vaudrait mieux se servir du mot "gnosticisme" pour décrire ces diverses et nombreuses familles de pensée.

Puisque la gnose est la connaissance métaphysique (ce qu'il y a au-delà de la physique), il est bien évident qu'elle ne peut être qu'Une, fut-elle voilée, éparpillée ou travestie. Les hypothèses sont légion, le principe est Un.

Le mot grec « gnôsis » doit être envisagé non comme un but, mais comme la connaissance dans son acte de connaître, ce qui en transforme le sens le faisant passer d'une chose à acquérir en un chemin à parcourir. La réforme de notre esprit n'est pas un luxe lorsqu'il s'agit de préciser le concept. Un chemin dynamique, qui donne à voir le but autant qu'il fait avancer.

Dans la Bible version Septante, le livre de Samuel emploie ce terme (gnôsis). Relié à l'hébreu qui lui correspond (Yd'), le nom renvoie par le fait à la connaissance révélée de Dieu « car l'Éternel est un Dieu de connaissance, et par lui les actions sont pesées. » (1 Samuel 2,3).
Mais c'est avec le Nouveau Testament et plus précisément dans les Epitres de Paul aux Corinthiens et aux Colossiens que s'exprime la « Gnôsis » telle qu'elle n'était pas apparente dans la première alliance, et qu'elle l'est révélée dans son acception évangélique christifiante. De l'ancienne alliance à la nouvelle tout est affaire d'accomplissement.

C'est pourquoi avec Jean Borella il faut entendre le sens de la Gnose comme une « connaissance purement intérieure et déifiante, qui n'est plus seulement un acte, mais aussi un état, que Dieu seul peut conférer à l'intellect pneumatisé (...). »


Détail de vitrail, église d'Aizenay, Vendée

L'ancien culte est accompli dans sa préfiguration spirituelle, la vie unitive en Christ en « esprit et en vérité » (Jean 4, 23-24).
Le travail de l'intellect est là, retrouver les principes de la métaphysique pure en émondant les branches flétries de la sentimentalité et de l'extrapolation gratuite.

De la gnose à l'ésotérisme chrétien je fais un lien rapide, car il existe une confusion constante de la part de chrétiens faisant la comparaison de l'église et de la Franc-Maçonnerie, attribuant à l'une la rectitude hiérarchique et théologique, et à l'autre l'usurpation ecclésiale et doctrinale. Mon propos concerne l'église catholique et apostolique par rapport à la Maçonnerie d'inspiration chrétienne, vous l'aurez compris.
La réflexion nous oblige à dissocier l'exotérisme des religions dont la particularité est d'offrir une voie de salut pour tous, et l'ésotérisme initiatique proposant un approfondissement spirituel particulier de la révélation (cf Jean Borella).
La schématisation est réductrice, il faut donc parler d'avers et d'envers d'un même aspect, l'un étant véhicule de l'autre. Le propre de l'enseignement religieux est de toucher le plus grand nombre, celui de l'ésotérisme chrétien de faire
pénétrer plus avant le sens à ceux qui sont hommes de désir et de capacité. Les interpénétrations des deux aspects sont évidemment réelles, et c'est en chacun que s'unissent en proportion variable l'écorce de l'adhésion religieuse à la pulpe de la vie intérieure.


samedi 29 décembre 2007

A l'assaut du ciel (2)

Si certains de ces végétaux symboliques possèdent la valeur qu'ils expriment, par exemple l'Absinthe et son amertume (Apocalypse 8, 10-11), d'autres prennent leur sens avec le fait qui les légitime : Le papyrus trouve son utilité dans la fabrication du support à l'écriture, et devient par le rouleau "roulé et déroulé" l'image de la connaissance non-manifestée et manifestée.

La ressemblance de la noix avec la cervelle humaine illustre un autre mode de rapprochement analogique pas d'une utilité évidente pour ce qui nous concerne.

Lolium temulentum, nom latin pour l'ivraie (la mauvaise herbe des évangiles) a une connexion linguistique intéressante pour en approfondir le sens puisque son nom grec est la Zizanie ! Semer de l'ivraie dans le champ de son voisin c'est donc semer la zizanie, l'éradication par l'instauration de la paix en quelque sorte.L'Hysope (l'origanum syriacum) qui aurait servi à abreuver le Christ sur la croix est impropre à supporter une éponge, sa tige étant trop souple et fragile. Ce nom désigne plutôt un composé végétal d'aspersion rituelle unissant trois branches de cèdre ou de genévrier attachées ensemble par un lien écarlate. Accrochez vos ceintures, le cèdre est le symbole de l'immortalité rentrant dans la composition du Temple de Jérusalem; Même destination sacrée pour le genévrier odoriférant, lié aux rites funéraires de purification. L'écarlate (du sang répandu) unit ces rameaux en une trine bénédiction désaltérante pour Celui qui prononce le "J'ai soif" sur la croix (Jean 19,28).

Les arbustes épineux sont nombreux en Palestine, l'identification de la couronne d'épines ne sera pas facile. Bref, c'est sous les épines qu'est enfoui le Maître; C'est l'heure des ténèbres pour le grain afin que par son germe il porte du fruit au centuple, celui de la vie éternelle dans la résurrection. Le pain, une histoire de grains rassemblés. C'est sous un acacia qu'est retrouvé Hiram de la tradition maçonnique. Ce n'est pas l'acacia tel que nous le voyons dans nos forêts (robinia pseudo-acacia) mais l'acacia raddiana, variété du mimosa. son bois est dur et résistant, garantie de pérennité pour l'Arche d'alliance du Temple de Salomon.

Un autre débouché pour les grains rassemblés est de se retrouver serrés dans la pulpe du fruit d'un grenadier (punica granatum), évoquant la fécondité de la terre promise à Moïse et l'amour du Christ pour son église (commentaire de St Bernard dans son explication du "Cantique des Cantiques").

Marchons donc sur un tapis d'herbe vers la porte de branches entrelacées et bourgeonnantes qui nous introduit rien moins qu'au pied de l'arbre/axe du monde, échelle vivante de Jacob sur laquelle montent et descendent les anges de nos pensées; Peut-être, traversant les états intermédiaires de la matière au pur Esprit, achemineront-ils nos prières vers le haut, et les grâces vers le bas...


vendredi 28 décembre 2007

A l'assaut du ciel


Le monde végétal incorpore de nombreuses figures dans les lieux sacrés, liant par l'analogie la matière à l'idée. De ceux qui visitent une église, combien savent que les Artistes (avec un grand A) qui synthétisaient les connaissances acquises de leurs maîtres ne décoraient pas de motifs végétaux pour le plaisir de meubler des espaces vides les chapiteaux, les colonnes, la statuaire, etc...

Le nombre d'or est dans la fleur comme dans la nature, source d'inspiration pour les bâtisseurs. Les rosaces qui ont fleuri en nos cathédrales n'ont-elles pas le parfum des justes proportions harmonieuses ?

Arbres, arbustes, branches ou feuilles participent au sens de l'évolution, de l'épanouissement intérieur; Il faut toutefois considérer également le symbolisme propre au genre évoqué (olivier, chêne, acanthe...) pour retrouver par un faisceau d'informations le message transmis.

Parmi les symboles bibliques les plus fréquemment rencontrés, l'arbre d'origine non-humaine sépare la connaissance d'avec l'inconnaissance. Dans le jardin d'Eden, il porte du fruit qui inévitablement rendra Adam & Eve tels des dieux, possesseurs du savoir donc acteurs de leurs choix, donc de leur liberté.

Le chêne est force et longévité, une chênaie est un lieu sacré où les cultes et autres actes rituels étaient courants (celtes, gaulois...), c'est aussi sous l'un d'eux qu'Abraham est visité par les trois mystérieux visiteurs.

Abondance ou stérilité selon qu'il fructifie ou qu'il est desséché (Matthieu 21,19), le figuier abrite également les chercheurs de vérité (Jean 1,48) ou prophétise (Luc 21,29).

Le caractère complet de l'arbre, racines/tronc/houppier nous parle de notre passé, notre présent et notre futur; L'écorce, l'aubier et le coeur de cette création à l'assaut du ciel ne nous parlent-ils pas de notre nécessaire évolution ascensionnelle ?
L'arbre, colonne du monde selon les traditions, frondaison cosmique qui nous invite à passer de la terre aux cieux; Le palmier du couvent des Jacobins à Toulouse en est un des plus bels exemples architecturaux.

Les rameaux de branches ou les palmes agitées lors de la rentrée triomphale de Jésus à Jérusalem sont attachés aux idées de victoire et de régénérescence dans le monde méditerranéen, symbole arrivé jusqu'à nous par les évangiles et les martyrs de la foi (victorieux au-delà de la mort).

Le blé lui-même, fruit du sol et chair de Dieu par l'Eucharistie est la matière terrestre transcendée par l'incarnation divine, la plus vive expression de ce que François Varillon exprimait : "Dieu divinise ce que l'homme humanise". Nous pourrions dire la même chose de la vigne qui se retrouve par le même effet sur les autels catholiques. Pain et vie, nourriture et boisson, les deux supports alimentaires du corps magnifiés par la consécration rituelle.

Et c'est sous les traits d'un jardinier que le Christ ressuscité apparait à Marie-Madeleine. Ne fut-il pas charpentier comme son père, Joseph, lui-même possédant l'art de bâtir dont les analogies ont leur presque équivalent dans l'art des maçons ?

Si nous ne faisons pas reverdir l'arbre mort de la croix, nous n'aurons pas part à la vie éternelle; Et peut-il reverdir sans nous allonger dessus, sans que nous ne l'inscrivions dans notre être taillé en forme de croix, nous transformant alors en arbre de vie et nous introduisant dans la réalité du principe qu'il matérialise ?

mercredi 26 décembre 2007

Templum, Sigillum et Baussant

Deux chevaliers pour une seule monture. Le Sigillum du Temple, son sceau porte en lui une dualité que l'on rencontre de nombreuses fois dans la structure de l'Ordre. Les commanderies fonctionnaient de pair avec une maison "soeur", et les Chevaliers ne devaient sortir que deux par deux. La règle primitive prévoyait même qu'ils devaient manger dans la même écuelle.
Deux habits sont donnés selon la classe militaire : Le manteau brun pour les sergents, le manteau blanc pour les chevaliers. Il y a aussi les frères de couvent et ceux de métier...

Console supportant un arc et représentant un moine soldat du Templum,
église de Montricoux (82)


Tout l'Ordre est divisé en deux :
- La classe des chevaliers moines et séculiers, chapelains, sergents et frères de métier,
- Sergents et servants des domaines du Temple.

Les deux branches de la chevalerie, les uns destinés au monacat et les autres à la Milice incarnent également cette double caractéristique. La distinction extérieure est impossible à faire entre deux chevaliers : Même devoirs, même vêture, même règle... C'est dans leur inhumation que l'on note enfin une différence : Les moines sont enterrés face contre terre. Ceux-là font partie du noyau de l'0rdre, qui sont passés par le noviciat réglementaire. Nous pouvons nous appuyer sur sa durée variable (selon l'avancement du candidat) pour noter son caractère initiatique, contrairement aux noviciats probatoires à la durée établie à l'avance dont nos ordres religieux catholiques appliquent l'us.

D'une manière schématique, Le Temple avait une activité occidentale tournée vers la structuration de la chrétienté et de la société (parfois état dans l'état et église dans l'Eglise), et une activité orientale principalement guerrière.

Il ne faudrait pas voir dans ce fonctionnement binaire une pure vision duelle de l'existence, opposant un aspect à l'autre, mais plutôt complétant l'un avec l'autre. Il faudrait pénétrer plus avant dans la philosophie du Temple pour en comprendre toutes les implications spirituelles; L'histoire délivre plus chichement le message que l'esprit n'en perçoit l'idée force.

Au fait, avez-vous vu l'étendard noir et blanc de l'Ordre, le Baussant ?


Parenthèse

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"Si tu ne sais apprends-le.

Si tu le sais apprends-le."
(Parisien l'Ami des autres)

J'ouvre une parenthèse pour vous remercier de visiter mon blog (savez-vous que vous me faites travailler dur ?). Qu'il n'ait pas une seule visite par mois ne serait guère gênant pour mon ego, la justification des publications se trouve dans la joie de partager avec vous si ce n'est la connaissance nécessaire à l'édification, au moins le goût de s'édifier. Vous me le permettez par votre intérêt, c'est mon étonnement chaque jour.

Mon compteur de visites tourne, je continuerais donc cet exercice de recherche qui couvre à chaque sujet deux ou trois jours de compilation d'informations, de furetages livresques et de données diverses trouvées sur le Web ou reçues oralement.

Mais le véritable travail n'est pas là, il débute réellement lorsque vous rassemblez les éléments épars, les assemblez, les connectez entre eux par le jeu des analogies et des correspondances, et les illuminez en vous par le fait. Les fleurs n'ont qu'un potentiel de miel, les abeilles font tout. Bon butinage.

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A venir, peut-être dans le désordre :
- Le Templum,
- Une Chouette représentation,
- Symbolisme floral,
- Le Griffon,
- La tradition romane à la Chaize-Giraud (Vendée),
- Le panneau de bois St Jean Baptiste d'Apremont (Vendée)...

Et St Michel en suspens depuis l'ouverture, l'Arlésienne du blog.

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lundi 24 décembre 2007

François, la crèche et l'amour

Pourquoi parler de St François d'Assise un 24 décembre ? La légende de la crèche de Noël lui est attachée, bien que les origines de la représentation de la Nativité sous forme de santons dans les églises soit antérieure à l'histoire racontée par le biographe du Saint, Thomas de Celano.

Noël 1223, Greccio, Italie. Il se murmure au village que le "frère universel" a préparé une surprise à ceux qui viendraient le visiter pour la Veillée... les villageois montent jusqu'à la cavité de l'ermitage, et découvrent une étable disposée comme on imaginait l'être celle de Bethléhem. Un boeuf et un âne seulement. La messe est dite par un prêtre (François n'était que diacre), et, est-il écrit, L'Enfant Jésus apparut dans la mangeoire. Ne fut-elle pas le premier Autel, cette mangeoire de Bethléhem (maison du pain) ?

La figure de St François d'Assise est remarquable. Personnage phare de l'occident chrétien catholique, il est aimé également par d'autres confessions, protestantes ou orientales. Désirant la chevalerie guerrière, il passa à la chevalerie spirituelle après un songe; Il courtisa par la suite les vertus les plus hautes et finit par épouser dame pauvreté. Il créa un Ordre pour répondre à l'affluence d'hommes désirant mener la même vie que lui, pauvre et priante. Pour les mêmes motifs, le second Ordre fut créé pour les femmes, puis le troisième pour les gens vivant dans le siècle et soucieux de marcher sur les traces du petit pauvre d'Assise. Ces trois Ordres existent encore, mais la famille franciscaine est divisée en de multiples familles qui ont donné à l'arbre planté par François de très nombreux saints.

Il est difficile de trouver en St François un quelconque soupçon d'ésotérisme. Ses dires, ses faits sont de la plus pure veine exotérique. Pourtant, François est auréolé de faits ayant rapport à sa richesse intérieure peu commune, relevant de son amoureuse piété. Et par cet amour là, habité d'une pure connaissance du coeur de Dieu. Ainsi que l'écrit Paul Naudon dans son ouvrage "les Loges de St Jean" : "Certes St François n'était pas théologien; mais par la puissance de son amour, il a retrouvé en lui la tradition primordiale, celle qui touche à la connaissance".

Mieux valait que sa douce réforme de l'église outrageusement défigurée par les excès des prévaricateurs se fasse par le biais de sa sainte innocence. En soutenant son projet de restauration de l'église catholique par la rhétorique et le verbe, il se serait attiré les foudres virulentes des autorités ecclésiales déjà sourcilleuses, et devant prendre corps dans la création de l'inquisition après sa mort, en 1233.

Que dire d'un homme qui fait le lien de l'occident à l'orient en rencontrant le Sultan égyptien Al-Kamil ? Ils se quittèrent dans un profond respect mutuel. A la même époque, les templiers sont sur les rives musulmanes, Damiette sera prise en 1219.

Que dire d'un homme qui choisit la lettre grecque du TAU pour emblème, symbole de la croix et de l'élection des croyants restés justes malgré l'ambiance de corruption selon le prophète Ezechiel (9, 4-5) ?

Pris pour un fou et un naïf, nul ne s'inquiéta des réformes capitales que cela impliquait. D'ailleurs de son vivant pression fut faite pour qu'il adoucisse sa règle de vie, et à sa mort, les couvents (qu'il détestait car contraires à son esprit de pauvreté) se déchirèrent en querelles d'héritage spirituel et en partage de biens.


Ah, si nous n'avions pas des fous pour inviter à la déraison évangélique, que de conformismes mondains.

Joyeuse fête de la Nativité à tous.

samedi 22 décembre 2007

Un songe bleu et blanc (2)

Le 11 février 1858, Bernadette va ramasser pour la subsistance de la famille ce que les déchets amoncelés le long du gave à l'à-pic de la petite falaise lui offriront en bois de chauffage.
Si vous voulez lire ici ou l'histoire telle qu'elle fut racontée, vous l'aurez en long et en large. Je vais donc m'attarder (en doutiez vous) sur le sens des symboles rencontrés.

Bernadette se retrouve sur une décharge (c'est ce qu'était le site de la grotte à l'époque). Une pauvreté, un dénuement assimilé à une forme d'attente d'une vie meilleure. Une vacuité du coeur propre à accueillir ce que le Ciel voudra bien envoyer...

Au pied de la cavité, des déchets. Des bois morts, des os. Sur des représentations de scènes de crucifixions, nous trouvons un crâne au pied de l'arbre de bois mort de la croix. L'arbre de vie n'a pas encore reverdi.
La référence au lieu-dit du crâne, le "Golgotha" est exprimée, mais aussi au "séjour des morts" où le Christ va descendre pour en retirer les justes. C'est hors les murs de Jérusalem que se situe l'endroit des mises à mort, c'est hors les murs de Lourdes que les yeux de Bernadette vont s'ouvrir sur l'invisible.

La grotte est une anfractuosité peu profonde. C'est dans une niche en forme d'amande que l'apparition se fera; La mandorle est ainsi dessinée dans le roc, partie intégrante de la montagne. Outre le caractère intérieur et matriciel de l'endroit pour le côté ésotérique, sa valeur froide, humide, cernée de déchets, à proximité d'un pacage de porcs est soulignée par d'autres pour "l'analogie avec notre âme". Un lieu à nettoyer, en quelque sorte. Certes, mais à vouloir aller à l'essentiel les détails sont définis comme secondaires, alors qu'ils constituent des clés de compréhension.
Bernadette note qu'un bruit semblable à un coup de vent se fait entendre avant l'apparition. l'Esprit-Saint est décrit comme un souffle par Jean l'évangéliste : "Il souffla sur eux et leur dit : recevez le Saint-Esprit" (Jean 20:21,22).

La voyante ne dira pas avoir vu la Vierge Marie puisqu'elle la nommera "Aquero", "Cela" jusqu'à ce qu'un message reçu désigne la belle dame comme l'Immaculée conception. Donc, "Aquero" demandera à la jeune fille d'aller boire à la source au fond de la grotte, mais il n'y a qu'un peu d'eau boueuse. A la quatrième reprise, elle trouvera un filet d'eau pour se laver le visage à la demande de l'apparition et aller manger quelques herbes qui poussent non loin.
La symbolique possède un endroit et un envers, l'un facilement perceptible par la piété commune, et parlant dans le cas présent de pénitence pour les pécheurs, d'ablution purificatrice, geste de repentance. L'autre parlant d'une graduation pédagogique du jaillissement de la source en 4 temps; Le dernier essai lui permettra de boire à la source. Le coeur du Christ est la source vive dont parlent les écritures (Jean 7,38). Il y a une notion divine dès que la quatrième composante entre en lice, Sa divinité unie à note humanité.
Les herbes ne sont-elles pas amères à Bernadette, lui descendant jusqu'au coeur, elle que l'on traite de folle ?

Fait constaté médicalement, la flamme d'une bougie reste longuement sous la main de la voyante sans la bruler. Une lumière qui ne blesse pas, c'est une capacité à recevoir juste ce qu'il faut de connaissance pour appréhender le mystère sans en souffrir par notre état dégradé. Une grâce.

La dernière apparition, celle du 16 juillet est clairement décrite comme celle de la Vierge Marie telle qu'elle est représentée en sa fête, Notre-Dame du Mont Carmel. Pas vraiment un hasard. L'ordre né en Terre Sainte sur le Mont Carmel (victoire du Dieu d'Elie sur les prophètes de Baal), sans fondateur particulier mais lien entre l'ancienne et la nouvelle alliance (Elie-ermites chrétiens de la montagne sacrée) propagera une mystique cardiaque; L'esprit en est le combat spirituel, l'offrande du coeur, le silence intérieur... le don du scapulaire par la Vierge selon la tradition à St Simon Stock symbolise une protection, une appartenance; J'y vois un lien direct avec un autre Ordre, utilisant également le tablier comme signe protecteur, vêtement particulier d'une affiliation à une famille ancestrale de constructeurs. Des Maçons, vous croyez ?

mercredi 19 décembre 2007

Un songe bleu et blanc

Je rêve de me réveiller un matin à Lourdes, ville de profondeur autant que de superficialité. Je me hâterais lentement vers la grotte, prenant le temps de regarder en les croisant ces hommes et femmes de partout accourus. Ici dans un magasin, un italien hésiterait entre un mini-bénitier pour sa mère et une sainte Vierge en plastique. Là en pensant à son sanctuaire de Vailankanni, un indien contemplerait songeusement une carte postale de la source. Foule nombreuse composée d'individualités, toutes reliées à la mienne par une même chair et un même esprit. Suis-je en droit de juger qui que ce soit, moi qui fait tourner dans ma poche mon dizainier discret acheté plus haut dans la rue ?

Au bout d'une enfilade de boutiques d'objets au goût parfois douteux, les portes du sanctuaire s'ouvriraient enfin. Le petit matin frileux aurait bien du mal à céder toute la place au soleil d'octobre. Une onde de joie m'envahirait soudain. Lourdes est-elle une ville choisie pour préfigurer la Jérusalem descendue du Ciel ?

A droite, la bibliothèque. Je temporise ma quête DU livre (celui, vous savez, qui atterrit un jour sur la table de nuit et n'en bouge plus jamais).

Hum... Je passe devant ma chapelle favorite sous les arcades, dédiée à un capucin et à Marie.

La crypte m'attire. Ou plutôt, Il m'attire dans la crypte, le Vivant, le Seul, l'Unique.

Le Saint Sacrement est exposé. L'ostensoir, un soleil aux rayons flamboyants darde ses rayons, je suis hypnotisé. Des chérubins (arrachés à l'Arche d'alliance ?) protègent de leurs ailes La Présence. J'ai chaud, je fonds, est-ce un feu intérieur ou extérieur, je ne sais !

Je m'agenouille. Tout est là, dans ce morceau de Pain... l'Infini et l'Eternel s'incarne chaque jour en un Noël journellement fêté. Mon entendement vaçille...

Combien de temps passerais-je là... le temps suffisant pour me préparer au passage à la grotte, mais largement trop court pour m'immerger dans l'Etre. Je renonce donc à une christification immédiate, me lève, et jette un dernier regard au disque d'un blanc pur, cerné de lumière.

Tiens, les robinets de l'eau de la source sont tout de suite après les arcades ! Il est vrai que mes souvenirs d'enfants les plaçaient après la sainte cavité. Et sur cette prairie où je courais enfant, de l'autre côté du gave, une église ! Mais déjà, une atmosphère de dense humanité m'environne, je m'y glisse avec bonheur. Pécheurs et bienheureux, exaltés aux grandes croix pectorales et soutanes d'avant concile, toutes les couleurs de peaux, toutes les langues ici réunis. Quel est ce pouvoir d'attraction qui...
Une femme est en pleurs, sous la statue du lieu de l'apparition. Quelles douleurs, quelle souffrance l'oppresse...

Je lève la tête et lis l'inscription en patois sous la statue de la Vierge, dans l'anfractuosité en forme de mandorle : « Que soy era immaculada counceptiou » (Je suis l'immaculée conception).

Je m'extrait de mon rêve éveillé et me souviens. Tout à commencé le 11 février 1858, alors que Bernadette allait ramasser certaines choses dans une décharge...


(A suivre...)

lundi 17 décembre 2007

Le mystique soufi et l'éléphant

La parabole de l'éléphant donnée par le grand mystique musulman Djalâl ud-Dîn Rûmî.
Un classique de l'ouverture à une conscience plus large, quittant les ornières des vérités acquises définitivement, des préjugés, des présupposés...

Et si nous regardions le sujet de notre étonnement sous un nouvel angle de vue ? A coup sûr, nous en aurions un nouvel éclairage. Mais est-ce vraiment ce que nous voulons ? Avons-nous vraiment besoin de quitter la charrette de nos certitudes ? La crainte de perdre notre paix nous tenaille, la hantise de la dilution des vérités possédées nous ficelle à notre siège, quitte à brinquebaler encore un moment sur le chemin de notre vie, béat d'être sauvé alors que le monde entier se damne.

Et d'ailleurs, pourquoi penser autrement puisque nous avons la sécurité intérieure de ceux qui se savent dans la vérité. Mais... avons-nous tâté TOUT l'éléphant ?


Parabole de l'éléphant

Différend au sujet de sa description et de sa forme.
Des Indous avaient amené un éléphant; ils l'exhibèrent dans une maison obscure.
Plusieurs personnes entrèrent, une par une, dans le noir, afin de le voir.
Ne pouvant le voir des yeux, ils le tâtèrent de la main.
L'un posa la main sur sa trompe; il dit : « Cette créature est telle un tuyau d'eau. »
L'autre lui toucha l'oreille : elle lui apparut semblable à un éventail.
Lui ayant saisi la jambe, un autre déclara : « L'éléphant a forme de pilier. »
Après lui avoir posé la main sur le dos, un autre dit : « En vérité, cet éléphant est comme un trône. »
De même, chaque fois que quelqu'un entendait une description de l'éléphant, il la comprenait d'après la partie qu'il avait touchée.
Leurs affirmations variaient selon ce qu'ils avaient perçu l'un l'appelait dal, l'autre alîf.
Si chacun d'eux avait été muni d'une chandelle, leurs paroles n'auraient pas différé.
L'oeil de la perception est aussi limité que la paume de la main qui ne pouvait cerner la totalité (de l'éléphant).
L'oeil de la mer est une chose, l'écume en est une autre; délaisse l'écume et regarde avec l'œil de la mer.
Jour et nuit, provenant de la mer, se meuvent les flocons d'écume; tu vois l'écume, non la mer. Que c'est étrange! Nous nous heurtons les uns contre les autres comme des barques; nos yeux sont aveuglés; l'eau est pourtant claire. O toi qui t'es endormi dans le bâteau du corps, tu as vu l'eau; contemple l'Eau de l'eau.
L'eau a une Eau qui la pousse, l'esprit un Esprit qui l'appelle.


Djalâl ud-Dîn Rûmî

samedi 15 décembre 2007

La chapelle du petit Luc (3)

Et le coeur du sanctuaire marial ? Parce qu'il y a bien un coeur dans tout sanctuaire, tel en est le but qu'il faut parfois chercher avec les yeux de l'esprit. Le tabernacle renfermant la Présence eucharistique est un centre éminent pour la foi, mais ici il est vide. Je recherche donc un autre centre qui est en fait l'axe traditionnel passant par le centre de la coupole ou de la clé de voûte principale. Point de dôme ici, point de plan en croix mais... quatre visages sur des chapiteaux de colonnes, faisant face à leur vis-à-vis sur la colonne opposée. Le plan en croix est suggéré. Notons les sympathiques spirales sur le chapiteau supérieur (à vos livres de symboles !).




De conception récente, les ouvriers concepteurs ont-ils transmis leur antique tradition symbolique, ou ont-ils récupéré de l'ancienne église détruite des éléments qu'ils ont ensuite ré-assemblé ? Peu importe. Les regards se croisent, et je lève les yeux pour contempler la clé de voûte qui n'offre aucun caractère intéressant mis à part son sens magnifique de pièce finale joignant les arcs, supportant leur pression et se servant de leur force pour verrouiller l'ensemble, pièce rajoutée par l'extérieur révélant matériellement le caractère non humain de la Révélation.
Tel était l'ancien axe traditionnel de nos églises, qui aboutissait sur l'Autel alors au centre de leur forme en croix, tout du moins celles qui ne ressemblaient pas à des pizzerias ou à des garages. Nous l'avons vu dans d'autres sujets, le chrisme chrétien inscrit sur le cierge de Pâques est une représentation graphique de cette réalité.
Revenons donc à notre chapelle. Des chapiteaux je passe à la clé de voûte, et d'elle d'instinct je passe au point d'arrivée de l'axe, au sol. Bingo ! Regardez-donc :

Une étoile de David inscrite dans un carré et deux cercles concentriques ! Toujours plus intérieur, le symbole invite à se recentrer, à quitter la périphérie de notre être. Le carré est la classique représentation du monde de la matière, le cercle celui de l'esprit. Au Grand Architecte convient le compas.


Dans le carré, 12 sections ainsi que dans le premier cercle. Universalité du message extérieur, unité des apôtres (nous) dans l'intérieur. Les tribus d'Israël sont rassemblées.

Et l'étoile de David, composée de deux triangles inversés. La tripartition de l'homme (corps/âme/esprit traditionnelle aux chrétiens, imbriquée dans la tripartition divine, Dieu/Christ/Esprit-Saint).
Les ossements des martyrs sont enfouis sous ce sceau. Sur la mort se construit la vie, sur les enfers vaincus peut s'édifier la rencontre de l'homme avec l'Eternel YHWH, béni soit son Nom.

Parmi les cèdres, je m'éloigne à regret de ce repère pour le coeur et l'esprit. Nous ne pouvons pas rester sur le Thabor éternellement, n'est-ce pas ? La vallée nous attend, avec ses luttes et ses retrouvailles.

Avons-nous vraiment intégré ce que nous n'avons pas encore transmis ? A méditer.

mardi 11 décembre 2007

La chapelle du petit Luc (2)

Après cette évocation du ternaire des éléments fondamentaux, attardons-nous (toujours en facade) sur la statue du Christ.

La pierre friable (Calcaire ? Le département possède de tels sous-sols vers Luçon, Fontenay...) a certains endroits s'est altérée, mais l'on voit tout de même que la main gauche découvre le coeur, et l'on imagine la droite bénissant. Le regard est tourné vers le sol, devant l'entrée.

La sculpture repose sur un socle cubique. D'ailleurs, ce n'est plus vraiment une base, c'est un signe. L'on sait la valeur de la pierre taillée au sein des société initiatiques de Métier, pierre brute, pierre cubique et pierre cubique à pointe. Ici, la pointe est figurée par le Christ. "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", vous dites ? Le sommet de la pointe est donc un point de passage, l'union de la matière et de l'esprit, le Fils de Dieu rédempteur prend corps pour répandre l'Esprit.
Trois croix latines sont gravées sur la face visible et forment un delta. Le bloc de pierre travaillé par la Trinité s'ouvre vers le haut.

En 1863, Jean Bart (curé de St Pierre des Lucs) déblaye les vestiges de l'ancienne église et découvre les restes des paroissiens. Parmi les ossements, des scapulaires sont retrouvés, ainsi que des balles de fusils. La chapelle qui sera construite en lieu et place de l'ancienne église restera attachée à la dévotion mariale. Le vitrail principal, exceptionnel de beauté porte les signes des piétés du chapelet et du scapulaire.


Aux pieds de la Vierge, à gauche, St Dominique recevant le chapelet (rosaire). A droite, St Simon Stock reçoit le scapulaire. Entre les deux, un lys symbole de pureté.

La Vierge Marie est habillée de blanc et de bleu, le pur, la résurrection et le céleste. Son manteau est frangé et doublé d'or. Le divin est présent.
Sur le coeur de la Vierge, l'Enfant Jésus habillé de blanc, bénissant.
La mandorle en amande qui les entoure (aura) est de feu, l'Esprit-Saint sous-tend la scène mais n'envahit pas la geste humaine. La liberté, il faut la donner avant d'en bénéficier; C'est le respect des choix autres, rester dans les coulisses en gardant un oeil sur la scène.

Une rosace domine la partie supérieure du vitrail, la fleur rayonne au centre d'un cercle dans lequel se prennent quatre pétales : Notre état d'hommes "réparés" en Christ n'est-elle pas une rose mystique épanouissant et réunifiant notre corps, notre âme, notre esprit...

- "Et le quatrième pétale alors, c'est quoi ? corps, âme, esprit, ça fait trois !" Dit celui qui a suivi.
- "Au baptême (réponds-je), n'as-tu pas reçu la marque d'une quatrième composante à ta tripartition, ô amnésique ?"

dimanche 9 décembre 2007

La chapelle du petit Luc















C'est en arrivant du mémorial de Vendée aux Lucs-sur-Boulogne, et en gravissant la petite colline que l'on goûte le mieux la rencontre. Vous êtes donc passés par la sévérité brute du bloc de béton propice à vous introduire dans l'ambiance des guerres de Vendée.
La chapelle du petit Luc est construite à l'emplacement même de l'église Notre-Dame du Luc, possession de l'abbaye de Marmoutier près de Tours. Le lieu était sacré bien avant la récupération chrétienne du site. En effet, Saint Augustin préconisa la christianisation des sites et des objets païens, afin de ne pas contrarier le sentiment religieux local. Ainsi, on récupéra des bois sacrés pour y tailler des croix, les menhirs furent gravés aux symboles chrétiens, etc...

L'étymologie de Luc provient de "lucus", bois sacré.
Non loin de la chapelle, sur la motte féodale se dresse une statue de la Vierge à l'Enfant sur une colonne.

Le curé Louis-Michel Voyneau refuse de prêter serment à la constitution révolutionnaire du 27 novembre 1790. Comme d'autres, il devient un clandestin. La Vendée se soulève contre la République, les "colonnes infernales" sont mobilisées, fondent sur la Vendée et une de leurs destinations établies sont les deux paroisses des Lucs le 28 février 1794.

Le curé Voyneau sort au devant des "Bleus" pour implorer leur clémence, et se fait exécuter au lieu-dit "Gué de la Malnaye". Les paroissiens sont rassemblés dans l'église Notre-Dame, et massacrés à leur tour. Ils disparaissent dans les flammes, mais leurs noms sont gravés aujourd'hui sur des plaques dans la chapelle, dont de très jeunes enfants...

Voilà pour l'histoire d'une folle gaieté comme vous le lisez.

Aujourd'hui, consacrons-nous à l'extérieur de l'édifice érigé à la mémoire des martyrs.

La chapelle est traditionnellement orientée (entrée à l'ouest, Autel à l'est).
En façade, la Vierge au sommet d'une aiguille domine de son élévation l'ensemble. Ses bras sont dirigés vers le sol, geste habituel de transmission de grâces (voir apparitions de la rue du Bac à Paris). Sous ses pieds les trois animaux et l'ange symbolisant les évangélistes font face aux quatre points cardinaux. Et l'aigle de St Jean (bien sûr), regarde à l'orient. Voilà pour un plan en croix suggéré puisqu'il ne se retrouve pas dans la structure rectangulaire de cette petite chapelle.

Formant avec la statue de la Vierge en point haut, en base d'un delta dessiné par leur positionnement, deux autres statues : Isaïe tient un parchemin et une scie, à gauche, et à droite le Roi David est représenté avec sa harpe (chantre de nombreux psaumes de la Bible) : Deux auteurs de livres bibliques dans lesquels la tradition chrétienne a lu des préfigurations mariales.

Au-dessus de la porte le tympan représente la mort de Joseph, père adoptif de Jésus. Les évangiles canoniques n'en font pas mention, mais beaucoup d'exégètes pensent que sa mort a un caractère certain (attention, ceci est de l'humour). Joseph est alité, Marie lève une main comme dans un au-revoir, et Jésus au milieu fait un étrange signe sur son abdomen, la paume vers le haut; Il semble présenter Joseph (à qui ?). Une cruche est posée à la tête du moribond, une veilleuse est allumée ("vous ne savez ni le jour ni l'heure, veillez..."), et l'homme s'en retourne à la terre d'où il a été tiré.


A suivre.

jeudi 6 décembre 2007

Maître Eckhart et l'instant présent

Seul le présent existe. Du passé, il ne reste que des souvenirs et des vestiges. Le futur n'est pas. Seul, le présent EST, et s'enraciner en lui ramène l'existence un point, le lieu de la Présence, en un moment, l'instant présent. Ici et maintenant, là est la seule vérité à partir de laquelle tout se construit, tout est possible et où tout se fonde.

Mais il faudra parfois dissiper les quelques brumes de la fatigue, de l'humeur, des soucis, des plaisirs pour que se dessine un espace sacré...


Maître Eckhart :

"Le repentir temporel est toujours attiré vers le bas dans une plus grande souffrance et met l'homme dans une telle tristesse qu'il lui semble aller au désespoir. Le repentir demeure alors dans la souffrance et ne fait pas de progrès, il ne mène à rien."
"Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t'accueille, non pas ce que tu as été mais ce que tu es maintenant."
"Dieu ne tient pas compte des oeuvres en soi, mais uniquement de l'amour, de la dévotion et de l'état d'esprit qui les inspirent."
"Dieu n'a attaché le salut des hommes à aucune manière d'être particulière."
Cessons de nous fustiger et de vivre avec le passé. Dieu n'est pas le Dieu des absents à eux-mêmes !

Le Zen n'est pas autre chose. Le rappel à l'ici et maintenant en est le principal travail et la seule nécessité.
Pourquoi le rappel à la prière ? Si ce n'est pour arrêter le cours du temps, freiner le corps dans sa course folle, stopper la ronde des pensées, suspendre les activités, et ne rien faire que de descendre dans le puits de son âme par l'esprit, là où réside Celui que ni le ciel ni la terre ne peuvent contenir.

C'est facile, et un passe-temps pour les sots ? Faites-le ! Vous verrez qu'il faut plus de courage pour rester un quart d'heure sans rien faire que pour une journée tourbillonnante.

mardi 4 décembre 2007

Notre Dame de Pouzauges (5 et fin)

Nous voilà au terme de notre pèlerinage... Tout du moins dans dans cette église là. Mais avant de sortir, attardons-nous un peu sur cette frise à mi-fresque.

De gauche à droite, intercalés dans un long, long labyrinthe dont la signification n'est autre que celle de la quête de la vérité au centre de nous-mêmes (labyrinthes dont la présence copieuse dans nos églises et nos cathédrales a dû subir les avanies de l'intolérance), nous avons des "hommes sirènes" : les illusions, les tentations dans la perspective chrétienne, mais aussi une référence à l'eau (domaine du possible, de la maturation, du risque de mort et de potentiel de vie). Les poissons à leur droite accréditent la théorie d'une zone réservée à cet élément; L'informe à travers le labyrinthe de la conscience n'a pas encore accouché du désir de Dieu. Un poisson dans un sens, son collègue dans l'autre sens : Le symbole christique est présent deux fois, la préfiguration doit s'ordonner et s'unifier pour s'accomplir.

Le zodiaque est-il présent sur les murs ? Cela s'est vu ailleurs et n'aurait rien d'étonnant, nos aïeux n'étaient pas des "spécialistes" de genre, mais embrassaient les arts et les sciences dans une conception cosmogonique unifiée cohérente et synthétique, et les restituaient dans la transmission. A vous de voir s'il y a lieu de le penser; Tant de trésors restent encore dissimulés à nos yeux.


Au-dessus d'une fenêtre, une "femme en gloire" entourée d'étoiles lève les bras. Victoire ! De quoi ? Que tient-elle ? Certains parlent d'un bouquet. Nous pourrions trouver dans la mythologie une représentation analogue rappelant l'offrande aux dieux... Il faut bien se rappeler que l'ère et le lieu sont profondément chrétiens. Les étoiles qui l'entourent sont au nombre de douze : "Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;(Apocalypse 12,1)". Mais la lune et le soleil sont absents. Il y a peut-être plus influence que référence. Par contre, la mandorle (aura) qui l'entoure est en amande, typique des iconographies du christ ou de la Vierge. Une croix de St André forme avec le personnage un chrisme.


Celui-ci (bénitier de bout de ban) est au coeur d'une croix dont on peut admirer l'allusion à la Trinité.

En continuant la frise, nous avons une progression dans la vie spirituelle du persévérant. De chaque côté de la fenêtre de la femme au chrisme, un monstre à deux corps avec tête humaine (la bestialité se réunifie dans l'humanité pensante), et un homme combat un dragon (la lutte contre les passions fait rage !).


Ci-dessus, la suite toujours de gauche à droite. Commencez-vous à être familier avec ces figures symboliques ? Le dragon est dompté par l'homme (donc ?), deux oiseaux à têtes humaines se font face (donc ?), et deux oiseaux encore ont une seule tête et une seule couronne pour eux deux. La souffrance de celui qui évolue pour maitriser ses passions et réunifier son être porte ses fruits, il voit ses efforts couronnés. Il se spiritualise "habitant du ciel", orne sa queue de trois plumes (corps, âme, esprit) et accède à la royauté qui "n'est pas de ce monde". Son élévation est sa propre récompense, il se met à ressembler au "Roi des rois".

C'est du tout bon, la bête et ses noirs instincts sont endormis; C'est un chien, sa présence est devenue familière et n'est donc plus dangereuse. Un berger veille sous l'arbre de la connaissance, la sagesse l'habite. Plus loin, son troupeau broute paisiblement. "Pais mes brebis"... Il ne vit plus pour lui mais pour celles qui lui sont confiées (Jean 21, 16).

Mais un peu plus loin, une bête féroce est à l'aguet... Il ne faut jamais se croire tiré d'affaire. C'est peut-être dans ce cartouche de la frise qu'intervient l'orgueil le plus apparemment légitime, la conscience d'avoir beaucoup reçu, et de briller par sa connaissance. "Garde ton esprit en enfer et ne désespère pas" dit la voix intérieure à St Silouane l'athonite. Je garde et je médite.

Je referme la porte de l'église et m'éloigne à regret par l'ancien cimetière orné de dalles funéraires. Combien de morts à moi-même devrais-je accomplir, pour être prêt au moment du dernier grand saut ascensionnel ?

dimanche 2 décembre 2007

Notre Dame de Pouzauges (4)

Une brève présentation du Protévangile de Jacques dont est tirée l'imagier des fresques au niveau inférieur. Ces écrits sont signés par l'auteur comme ceux de « Jacques le mineur », frère de Jésus dans l'évangile canonique, demi-frère selon le Protévangile. Les récits sont chronologiquement antérieurs aux évangiles rentrés dans le canon officiel du Nouveau Testament. L'auteur n'est pas un judéo-chrétien (ignorance des coutumes juives). Il cible le thème de l'Incarnation, d'où son insistance sur l'enfance de Marie . Son enracinement dans la piété populaire nous a offert quelques points de repères liturgiques : La mémoire d'Anne et Joachim (parents de Marie), la conception de Marie, sa nativité, sa présentation au Temple... Le lieu des apparitions à Auray (France) est dédié à Sainte Anne qui y serait apparue.

La proclamation du dogme de l'immaculée conception n'est pas comme certains le croient une invention subite de la papauté, mais le long travail de la tradition chrétienne dans l'église catholique qui couronne par un dogme la piété populaire.


Ci-dessous (effacement relativement important), l'offrande de Joachim est repoussée par Ruben parce qu'il n'a pas de postérité.

L'ange annonce à Joachim que Anne a conçu. Joachim est à gauche, l'ange apparaît à droite au-dessus de lui. Les hommes (ses bergers ?) jouent de la musique. L'instrument à vent est un chalumeau médiéval (apparenté à la flûte) muni d'une corne acoustique. La musique en représentation sculptée ou peinte est signe d'harmonie comme le prouve cette scène joyeuse.

Anne se suspend au cou de Joachim lors de leur rencontre devant les portes de Jérusalem (l'évangile du pseudo-Matthieu mentionne « la porte dorée ». Le symbolisme de la "porte" est celui du passage d'un état à un autre, une progression, une séparation du profane au sacré; L'entrée dans la nouvelle Jérusalem va être rendue possible en Jésus-Christ par la Vierge Marie.)

Présentation de Marie au Temple. Les mains sont importantes. Celles de Joachim symbolisent la piété, Anne l'offrande de son enfant, et celles de Marie offrande (main vers le bas) et adoration (main vers le haut).

Derrière le pilier, Marie a grandi et sa sainteté est maintenant bien visible (auréole). Ses deux mains sont une adoration, un appel à la présence de Dieu qui pourtant est encore lointaine (le voile du Temple n'est pas encore déchiré, le Christ n'est pas là, la rédemption ne s'est pas opérée).

L'ange descend vers la Vierge Marie et lui offre une palme. L'arbre qui séparait Adam & Eve au début de l'histoire, semble être un double du personnage, les courbures sont identiques. Une réintégration salvatrice se fait par anticipation pour la Mère du Sauveur qui retrouve la connaissance de l'harmonie d'avant la chute.

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Les scènes supérieures représentent des saisons dans des médaillons ovoïdes. Les seules reconnaissables sont mai, juin, juillet et août, du moins identifiées comme telles par les travaux de Marc Thibout.

Mai (?) un chevalier courtise une belle au miroir. Le miroir, facteur de la connaissance de soi est porté par la femme qui fait face au chevalier armé, l'homme, la force. Force et Beauté alliés appellent une certaine sagesse... une trinité bien connue des Francs-Maçons.
Juin, travaux aux champs.


Juillet, la moisson et août le battage avec fléau.


Si la représentation des périodes de l'année par leur activité propre est évidente, l'allusion à quelques notions évangéliques l'est moins.
"La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux" (Mt 9,37).
"En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit." (Jean 12,24).
"Oui, c'est pour nous que cela a été écrit : celui qui laboure doit labourer dans l'espérance, et celui qui foule le grain, dans l'espérance d'en avoir sa part." (1 Co 9,10).

Je garde le meilleur pour la fin, ces symboles que l'on dit grotesques, la frise du milieu.