Où vous trouverez des données sur la spiritualité, les traditions sacrées, les religions, le symbolisme, l'ésotérisme chrétien et les vieilles pierres bavardes.
Où l'idéal chevaleresque s'écrira au fil de ces lignes.
Où vous trouverez des clés pour ouvrir des portes.
Où vous lirez toutes les correspondances avec votre propre pèlerinage et le jeu de l'oie, tantôt à passer des ponts, tantôt à être bloqués dans des compréhensions figées, tantôt propulsés vers quelque nouvelle étape.
Où vous me trouverez peut-être à une croisée de chemins.
Où vous trouverez je l'espère l'étrange et lumineux pèlerin d'Emmaüs.

vendredi 30 novembre 2007

Notre Dame de Pouzauges (3)

Deux choletais, Messieurs Jean Chalais et François Chamard ont découvert les fresques de l'église du Vieux Pouzauges en 1948. Sous l'enduit qui a dissimulé longtemps ces merveilles de l'art Roman (en considérant que l'art était autre chose dans l'esprit d'un homme du XI° siècle que dans celui du XXI°) des scènes inspirées s'offrent à notre regard et à notre intelligence; Trois registres sont déployés à l'horizontale :
  • Celui composé de scènes d'évangiles apocryphes. Apocryphe n'est pas à comprendre dans le sens de « faux » mais d'écrits qui ne sont pas rentrés dans le canon de la Bible car suspectés d'influences juives ou gnostiques par les premiers conciles. Ouf, l'Evangile de Jean a eu chaud. Ce serait aujourd'hui, le texte ésotérique de gnose chrétienne trouverait-il sa place auprès des autres évangiles ?

  • Le registre du milieu consiste en une frise de style double grecque entrecoupée de cartouches ornées de bêtes fabuleuses et de scènes qu'un esprit ayant perdu la transmission traditionnelle appelle grotesques;

  • Registre dernier et supérieur, uniquement composé de médaillons ovoïdes identifiés comme étant une représentation des saisons datée fin du XII° ou début du XIII° siècle, commentée comme étant « originale et unique (par François Jeanneau architecte des bâtiments de France) dans la grande tradition romane des peintures à fond clair de l'ouest de la France. »

Détails du premier registre, commençant à l'ouest, côté droit de l'entrée, deux scènes presque illisibles, un personnage et un lion. Samson au combat ? Inscription : VIRTUS; Au dessus le meurtre d'Abel par Caïn sous le regard d'un démon. Inscriptions : CAIM QIO... ABEL


Toujours à l'ouest, côté gauche de la porte, Adam et Eve, la chute. Dieu réprimande Adam séparé d'Eve par l'arbre de la connaissance du bien et du mal.

En sa partie supérieure, le sacrifice d'Isaac par Abraham, et le bras retenu par l'ange (difficilement visible, et de moins en moins compte tenu de la dégradation désastreuse de l'oeuvre sans intervention rapide).


Cet ensemble fait directement référence à l'Ancien Testament, et aux passages dans lesquels les chrétiens ont vu la préfiguration du Christ-Messie, Jésus de Nazareth. La prévarication de l'homme, sa chute, la promesse de la rédemption et le salut sont souvent clairement évoqués pour qui sait les voir dans la pédagogie des peintures ou des sculpture traditionnelles. Ces dernières font partie intégrante des murs, formant un tout avec l'orientation du lieu et la symbolique de ses éléments. il était improbable de trouver les caractéristiques de la rebellion première au commandement divin dans les parties orientales de l'église, les plus proches du choeur donc du Saint des Saints. Je reste toujours perplexe devant la la moderne beauté d'églises de facture récente n'ayant à proposer à notre déduction que de l'art.

Dessous, tiré du Protévangile de Jacques (évangile apocryphe), les éléments de l'enfance de la Vierge Marie. L'auteur prend même des libertés picturales d'avec le texte d'où sont tirées les scènes, faut-il qu'à l'époque le sens prime sur la mise en forme...

A suivre.

mercredi 28 novembre 2007

Notre Dame de Pouzauges (2)


Il faut traverser l'ancien enclos funéraire dont le remblai montait à 1 mètre de hauteur sur les murs de l'église pour accéder à cette dernière. Les cimetières accolés aux édifices religieux étaient chose courante, certains sont encore visibles, d'autres ont été déplacés, d'autres encore ont été intégrés aux sols des lieux de culte, comme dans la nef de Notre Dame de Pouzauges.
La valeur symbolique d'une telle association (cimetière/église) est de même nature que celle de la réunion des symboles de mort et de vie : Il faut passer par l'un pour accéder à l'autre; La confrérie Soufie fait porter à ses initiés un manteau noir (mort) et une toque représentant leur pierre tombale, la vie et la résurrection sont signifiées par un vêtement blanc porté en-dessous. La mort est visible en premier, mais la source de vie sourd sous les apparences.
Et par quoi croyez-vous que le Christ soit passé avant sa glorieuse résurrection ? Par l'arc de triomphe au son de la fanfare ? Par les enfers. L'iconographie de la résurrection le représente souvent juché sur une brèche faite dans le séjour des morts, un cadavre lié, les portes et les verrous brisés, tirant Adam et Eve de leur cachot mortel.
Le baptême de l'initiation chrétienne est un autre passage de la mort à la vie et un grade maçonnique est attaché particulièrement à cette symbolique essentielle dans toute progression intérieure; Perdre, et non acquérir est un principe fondamental de la relation à Dieu.

Revenons à la Vendée romane. Le portail à voussures sans tympan est caractéristique de l'art poitevin. Les abisidioles ont disparu au XVII° siècle. Les chapelles (bras de la croix) comme la coutume le permettait, appartenaient l'une au Nord par les seigneurs du Puy Papin, l'autre au Sud par les seigneurs de l'Etoile (?!).
L'ornementation générale est pauvre (hormis les fresques historiées), quelques modillons à têtes humaines à l'extérieur, peu de chapiteaux remarquables, des culots à tête de boeuf...


Venons en aux fresques... Dans deux jours. Je vous parlerais de saisons, d'évangile apocryphe... plein vos mirettes.


lundi 26 novembre 2007

Notre Dame de Pouzauges

L'église du XI° siècle trône sur un promontoire visible des boulevards contournant la ville, sur le site du vieux Pouzauges (Vendée). J'aborderais sûrement en plusieurs publications ce sujet promis il y a deux ou trois mois, et reporté pour cause de travaux.
La petite histoire indique la fondation d'un prieuré St Jean par des moines du Sud Vendée, Luçon ou St Michel en l'Herm. L'église change de nom pour celui de "prieuré Notre-Dame", et "église Notre-Dame". Des archives entre 1047 et 1118 mentionnent sa cession à St Nicolas d'Angers, donation faite par Zacharie de Pouzauges, au grand désarroi de son fils qui ne la reconnaitra qu'au début du XII° siècle.


Le plan de l'église est une croix latine dont la croisée est surmontée d'un clocher.
La structure s'étage donc sur trois plans, un horizontal et deux verticaux :
- la base en forme de croix,
- l'élévation en deux étages : un étage carré avec trois ouvertures/portes dans chaque direction du Nord, du Midi, de l'Occident et de l'Orient, en tout douze portes symbolisant l'universalité à laquelle est destinée la Révélation,
- un dernier étage, troisième partie du bâtiment sacré avec une unique fenêtre de chaque côté (nous touchons à l'unité finale de la composante spirituelle de l'Etre), accompagnées de deux plus étroites fenêtres à volets de bois dont la disposition fait penser à un triangle inversé traditionnellement attaché à la descente du divin. Si ce qui est en Haut descend, et ce qui est en bas monte, le joint se fait entre l'Eternel (béni soit son nom) et nous : Dieu a revêtu notre humanité afin que nous revêtions sa divinité...
La grande division tripartite de l'homme est caractérisée, corps, âme, esprit.

La nef est composée de trois travées voûtées en berceau brisé. Le choeur est en deux parties, réalisé à deux époques différentes. L'absidiole a été supprimée au XIV° pour rallonger la partie orientale. A l'occident, pays sombre et froid où la lumière faiblit, un portail à l'arc légèrement brisé ouvre sur l'intérieur; le cherchant chemine jusqu'à l'Orient où luit le soleil levant. La nef est pavée de pierres tombales, une centaine. Il est nécessaire de faire un voyage pavé du souvenir de notre propre mort pour nous détacher de l'inutile. Certaines inscriptions s'y lisent, quelques dates, quelques noms, quelques symboles, tels, ici, notre lune et soleil familiers.


Une poutre de gloire surmontée d'une croix marque la nef profane (peuple) du sanctuaire sacré (choeur). Aujourd'hui encore dans la liturgie orthodoxe, la séparation du domaine des croyants et du lieu sacral de la consécration eucharistique se concrétise par l'iconostase, un mur d'icônes ou de panneaux de bois décorés ayant la faculté de se fermer totalement lors de la consécration du Pain et du Vin. Le rideau est tiré, une autre Incarnation se fait sous les mains du célébrant. Le caractère initiatique de la Voie chrétienne perdure ainsi dans quelques éléments de nos jours plutôt cachés qu'évidents; séparant croyance et connaissance en marquant le seuil physiquement, la poutre de gloire remplit cet office en l'absence de choeurs fermés.

A suivre...

samedi 24 novembre 2007

La Pedralta, un bétyle à bascule

Montez cette petite route escarpée à partir de Sant Feliù de Guixols, en Catalogne espagnole, et vous arriverez à la Pedralta (pierre haute). Une monumentale pierre branlante trône au carrefour du paganisme et du christianisme. Vous aurez auparavant croisé source et ermitage.


Jadis lieu de culte païen, aujourd'hui pèlerinage catholique le dernier dimanche de mai, la magie du lieu situé dans le Val d'Aro a drainé de tout temps les célébrants des mystères de la nature.

La pierre supérieure de 1000 tonnes basculait à la force des mains jusqu'en 1996, date d'une tempête qui la bloqua. Elle fut replacée en 1999 sans le pouvoir de bascule qui avait fait sa renommée.


Le principe d'équilibre défiant la raison a marqué les hommes et femmes tournés vers l'au-delà, tel un mystère sacré échappant à la logique.

L'intérêt que recèle une pierre basculante est multiple :

La bascule nous parle d'équilibre (voire la symbolique du levier) et notre capacité à déplacer des montagnes (c'est le cas de le dire) grâce à un mouvement appliqué correctement; La superposition des roches nous amène à réfléchir aux différents plans de l'existence, dissociés mais communicants en un point;

La curiosité géologique constitue un ensemble perçu UN par l'entendement mais articulé (voir symbolique du point, de l'axe, du milieu...). Sans être de forme conique se rattachant strictement à la symbolique du bétyle (de Beth-El), la figuration de la montagne existe tout de même dans son sens axial, lien entre le ciel et la terre. L'exemple représentatif du sens de la pierre dressée est le passage biblique faisant référence au songe de Jacob et à l'érection d'une stèle (Genèse 28, 11-19) en un lieu de lumière (Luz) renommé la maison de Dieu (Beth-El).

René Guénon dans "symboles fondamentaux de la science sacrée" évoque ces significations de bétyles et de centre du monde/habitacle divin. Il compare également ces stèles comme les piliers de la maison de Dieu, menhirs de nos contrées celtes. Il souligne que leur caractère prophétique est évident dans "l'omphalos de delphes" auprès duquel les oracles étaient rendus; Une pierre support d'influences spirituelles...

Merci à Gilles pour les photos.

mercredi 21 novembre 2007

L'amour est le courage des forts



"Ecrit entre Rome et Bari, sur les routes, repris et achevé entre jungle et glacier sur l'Himalaya en cette nuit de Noël 1937."
Ainsi finit "Principes et préceptes du retour à l'évidence", qui figure parmi la poignée de livres que je préfererais emmener sur une île déserte en lieu et place de quelques objets qui pourraient cependant améliorer ma condition matérielle.
Lanza Del Vasto, pèlerin ascensionnel de son état, disciple de Gandhi jusqu'à l'application en Europe de la lutte non-violente fut le père d'une communauté priante et laborieuse dans le sud de la France. Ce poète, philosphe, ascète, artiste écrivit ses mémoires de pèlerin ("Le pèlerinage aux sources", "Vinoba ou le nouveau pèlerinage"), des commentaires de textes religieux, des poésies, des essais...)
"Principes et préceptes du retour à l'évidence" est constitué de courtes pensées sur la vie errante, l'ascèse, les ressorts d'une vie intérieure active, les plaisirs, la souffrance, la mort, l'amour... Des thèmes qui nous touchent.
L'extrait ci-dessous parle de l'amour. Des qualités de l'amour, des nécessités de son dépouillement, du viril courage qu'il faut pour le vivre sans obliger l'autre; A l'opposé d'un sentiment dégoulinant de mièvrerie, trop souvent porté au pinacle de la vie spirituelle.

(...)
L'amour, l'amour, hérisse-toi contre l'indécence de ce mot.
Ne parle pas d'amour à tout propos, n'en discute pas d'un ton de compétence, garde-toi des sublimes abandons poétiques au sujet de l'amour, de peur d'entrer de plain-pied dans l'obscène.
Sache que tu ne sais pas aimer et reste au moins pudique.
Comment aimerais-tu quelque autre si tu ne sais t'aimer toi-même ?
Comment t'aimerais-tu toi-même, qui ne t'es jamais rencontré, ni vu, qui ne sais attacher ton regard sur toi et sur la nudité de ton essence pendant cinq minutes seulement ?
Tu ne sais pas aimer, car pour donner il faut avoir. Qu'as-tu donc à donner, sinon ton désordre et ton néant ?
Tu ne sais pas aimer, tu ne sais que fuir par le biais d'autrui. Tu ne sais que couler selon ton penchant, glisser dans ton plaisir, dérouler la chaîne des gestes mécaniques et connus.
Laisse là ces fadaises et ces baisers baveux.
Apprends à aimer non parce que ton coeur incontinent déborde, mais pour répondre au commandement de Dieu.
Apprends la charité virile qui possède des paroles sévères pour ceux qui t'aiment, sereines pour ceux qui te combattent, chaudes pour ceux qui faiblissent, fortes pour ceux qui souffrent, claires pour les aveugles, écrasantes pour les orgueilleux, un seau d'eau et un bâton pour ceux qui dorment.
L'amour qui demande et qui pleure, tue-le;
L'amour qui étreint et qui force, tue-le.
Apprends l'amour qui n'attend rien du monde mais rayonne de par sa vertu propre, l'amour qui insuffle force à la personne aimée, et l'amène à la délivrance. (...)

lundi 19 novembre 2007

Le rite vécu, un symbole agi


Hormis l'acception triviale à laquelle la société fait référence, et qui attribuerait au rite une valeur d'habitude, voire de manie, le rite ici mis en exergue par René Guénon est cette mise en forme symbolique de réalités spirituelles directement perceptibles à différents niveaux de l'être, selon ses possibilités intellectuelles. La légitimité du symbolisme est de parler un langage cohérent appréhendé intimement par l'entendement, même si ce dernier manque de notions pour analyser l'ensemble des formes présentées au cours d'un rituel. Parler le symbolisme, c'est vivre le rite. Pour exemple dans l'initiation chrétienne, le passage de la mort à la Vie dans l'Esprit-Saint est représentée par l'huile de chrismation appliquée en croix sur le front. Le contraste du signe douloureux (la croix) et du signe doux et parfumé (l'huile) imagent l'essentielle descente au tombeau avec le Christ pour recevoir la suavité de l'onction divine qui descendra jusqu'au coeur, la voie "cardiaque" du Rite Ecossais Rectifié.

Objets, représentations, gestes et paroles sont le quaternaire du rituel. Un autre quaternaire concernant l'Homme éclairé nous intéressera un jour, laissons le temps au temps.

Mais Monsieur Guénon à sûrement quelque chose à nous dire sur ces notions de base :

Nous avons indiqués précédemment que le rite et le symbole, qui sont l’un et l’autre des éléments essentiels de toute initiation, et qui même, d’une façon plus générale, se retrouvent aussi associés invariablement dans tout ce qui présente un caractère traditionnel, sont en réalité étroitement liés par leur nature même. (...)

Si l’on veut examiner de plus près cette identité foncière du rite et du symbole, on peut dire tout d’abord que le symbole, entendu comme figuration «graphique» ainsi qu’il l’est le plus ordinairement, n’est en quelque sorte que la fixation d’un geste rituel (...)

Du reste, il n’en est pas autrement de la parole elle-même, à laquelle ce caractère symbolique est non moins inhérent par sa nature propre : il est bien évident que le mot, quel qu’il soit, ne saurait être rien d’autre qu’un symbole de l’idée qu’il est destiné à exprimer; aussi tout langage, oral aussi bien qu’écrit, est-il véritablement un ensemble de symboles, et c’est précisément pourquoi le langage, en dépit de toutes les théories «naturalistes» qui ont été imaginées dans les temps modernes pour essayer de l’expliquer, ne peut être une création plus ou moins artificielle de l’homme, ni un simple produit de ses facultés d’ordre individuel (...)

On doit pouvoir comprendre maintenant sans peine que tout rite soit littéralement constitué par un ensemble de symboles : ceux-ci, en effet, ne comprennent pas seulement les objets employés ou les figures représentées, comme on pourrait être tenté de le penser quand on s’en tient à la notion la plus superficielle, mais aussi les gestes effectués et les paroles prononcées (celles-ci n’étant d’ailleurs en réalité, suivant ce que nous venons de dire, qu’un cas particulier de ceux-là), en un mot tous les éléments du rite sans exception; et ces éléments ont ainsi valeur de symboles par leur nature même, et non pas en vertu d’une signification surajoutée qui leur viendrait des circonstances extérieures et ne leur serait pas vraiment inhérente.
On pourrait dire encore que les rites sont des symboles «mis en action», que tout geste rituel est un symbole «agi»(...)


René Guénon, "Aperçus sur l'initiation", chap. XVI (Editions traditionnelles)

samedi 17 novembre 2007

Je me tais...

... Et je laisse chanter Serge Lama. Un jeu de "liens" ! Pour me reposer un peu, et vous faire travailler !

  • Mon ami mon maître

  • J'ai essayé à cent reprises
  • De vous parler de mon ami
  • Mais comment parler d'une église
  • Dont l'accès vous est interdit

  • Mais ce soir je sens sous ma plume
  • Un fourmillement familier
  • Quand le soleil du coeur s'allume
  • L'éteindre serait un péché

  • C'est mon ami et c'est mon maître
  • C'est mon maître et c'est mon ami
  • Dès que je l'ai vu apparaître
  • J'ai tout de suite su que c'était lui
  • Lui qui allait m'apprendre à être
  • Ce que modestement je suis

  • Comme une chèvre vendéenne
  • De ses secrets il est jaloux
  • Et même s'il a de la peine
  • Il ne vous parle que de vous

  • Il conserve de son bel âge
  • Un sourire au fond de ses yeux
  • Et je me dis que c'est dommage
  • De vous le décrire sans cheveux

  • C'est mon ami et c'est mon maître
  • Je le vouvoie encore aujourd'hui
  • Et quand j'ai mal dedans mon être
  • Je passe une heure ou deux chez lui
  • L'air qu'on respire à sa fenêtre
  • C'est l'air le plus pur de Paris

  • Il porte en lui dur comme une arme
  • Un orgueil au-delà de tout
  • Au point que même au bord des larmes
  • Il vous fera croire qu'il s'en fout


  • C'est lui qui a fortifié mon âme
  • Et si je suis encore en vie
  • Je ne le dois pas à cette femme
  • Qui me rend heureux aujourd'hui

  • Mais à mon ami, à mon maître
  • Et dans la chanson que voici
  • Je sais qu'il va se reconnaître
  • Mais puisque nous sommes entre amis
  • Ce soir je peux bien me permettre
  • De vous le présenter aussi...


jeudi 15 novembre 2007

Mes frères me reconnaissent comme tel


Le film de John Huston (The man who would be king - L'homme qui voulut être roi) date de 1975. Il figure dans la catégorie "films d'aventures". Sean Connery (Daniel Dravot), Michael Caine (Peachy Carnehan) et Christopher Plummer (Rudyard Kipling) jouent respectivement le rôle de deux soldats britanniques et du célèbre écrivain R. Kipling. Tous trois Francs-Maçons. Ils se reconnaissent comme tels, après le vol de la montre gousset (inscrite à l'effigie d'un symbole maçonnique) de Kipling par Carnehan dans une gare ferroviaire. Plus tard, l'écrivain est pris à témoin par les deux aventuriers concernant leur volonté de rejoindre le Kafiristan et d'y devenir souverains. R. Kipling remet aux deux contractants un bijou maçonnique, l'oeil au centre de l'équerre et du compas.
Après quelques péripéties dans les montagnes, Daniel Dravot est investi "héritier d'Alexandre le Grand" par un clan local, après avoir reconnu le bijou que porte D. Dravot comme celui apporté par le conquérant lors de ses campagnes, et symbolisant la divinité. Le militaire anglais devient l'égal d'un dieu, use et abuse de son pouvoir jusqu'à la chute finale.

Rudyard Kipling, auteur du roman dont est adapté librement le film est un personnage ajouté par John Houston. Il est le témoin des aventures rocambolesques des deux militaires, et devient ainsi le narrateur du récit en s'incarnant dans sa propre oeuvre littéraire.

Sans s'être jamais rencontrés, et partant de postulats de vie différents, des hommes sont capables de se reconnaitre frères sur quelques mots, l'étrange fraternité maçonnique est brossée en quelques scènes.

Le duo des deux militaires appartenant à la Loge itinérante "les Preux et les Fiers" fonctionne comme un seul homme, tantôt tempéré, tantôt téméraire. C'est à un raisonnement intime sous forme de dialogue que nous assistons, l'ambition luttant avec la sagesse. Grandeur et décadence d'Icare qui vit fondre ses ailes au soleil, la fin tragique de Daniel Dravot figure l'impossible accession à la supériorité sur l'humanité; Si grandeur il doit y avoir, elle n'est que de l'ordre intérieur : Sa discrétion est l'humilité des saints et le secret partagé des frères Maçons, car incommunicable à ceux qui n'ont aucun goût pour ces choses là...

Tellement de choses seraient à dire sur ce film, de bonnes analyses existent, il est nécessaire de les compléter avec la vôtre.

"Es-tu Franc-Maçon ?" est la question qui est posée à ces hommes parlant un langage étrange et symbolique, allant à l'Orient, passant entre les colonnes, travaillant à la gloire du "Grand Architecte de l'Univers" et formant chaîne d'union.
Ils répondraient alors "mes frères me reconnaissent comme tel". Reçus et acceptés par d'autres Maçons, L'initié ne se reçoit ni ne s'élève lui-même, même s'il se construit avec patience, effort et intuition. La dimension fraternelle nous arrache à l'asservissement de l'égoïsme dictatorial.

Nous cotoyons nos collègues de travail, et il n'y a que l'amitié qui force à révéler ce que le bonheur de rester dans l'ombre n'exige pas. De nouvelles conversations en perspectives, une ouverture sur la capacité à réfléchir, non ?

mardi 13 novembre 2007

Toujours plus au centre de l'être

Ce chapiteau historié de l'église espagnole de Besalù nous raconte une histoire bizarre. A première vue, un être monstrueux croque à belles dents une tête humaine. Circulez touristes, allez consommer de l'art ailleurs.
Penchons nous maintenant avec l'attention du cherchant, de celui qui frappe et à qui on ouvrira.
L'être monstrueux est entouré de deux autres têtes du même acabit. Sa dimension trine semble être suggérée : Serait-il un corps, une âme et un esprit ? Il parait ne pas l'avoir encore découvert, son double corps à tête unique est effectivement divisé. Composé de cette dualité inhérente à une condition humaine enchainée par les réactions émotionnelles primaires, le personnage fabuleux enveloppe le second personnage, mais nous y reviendrons. Une chevelure abondante recouvre la tête et les épaules de l'être mélangé d'animalité et d'humanité. La force est dans les cheveux de Samson (Bible, Juges chapitre 16 verset 19), et leur absence est une perte de vitalité ou un renoncement volontaire (tonsure). C'est donc un personnage à l'intense énergie vitale. Il a reçu par l'oreille la parole qui met en mouvement les énergies nouvelles, et se concentre en un nouveau visage, son nouvel état. Il enserre, garde en lui ce qu'il crée, une humanité dirigée vers l'intériorité. D'extérieure et sauvage, la force s'intériorise et devient beauté. Engendrera-t-elle la sagesse ?
Toute bouche ouverte dans la symbolique des tailleurs de pierre concerne souvent (lorsqu'il en sort quelque chose) le Verbe créateur, autrement dit le Christ dans la tradition chrétienne.

Toujours plus au centre du groupe historié, un coeur inversé contenant une feuille ou une fleur. C'est à l'intérieur que l'énergie s'est ramassée, sa puissance expressive produit l'explosion végétale telle un lotus elle évoque la spiritualité atteinte, telle une flamme la lumière de la charité, telle une feuille la pérennité des cycles de vie, telle une fleur l'éclosion de la conscience. La graine qui a produit cet épanouissement végétal est sûrement rentrée par l'oreille de l'inhumaine forme, développant par compréhension la capacité de joindre le coeur de l'éveil. Que celui qui lit comprenne ce qu'il doit en advenir pour lui-même.

Crédit photographique : Gilles

samedi 10 novembre 2007

Les étoiles de Ramban et Moïse de Léon



Menorah et souvenir de la synagogue de Besalu, région de Garrotxa, Espagne

Année 1263, Espagne. Pourquoi faut-il toujours se justifier d'être juif ? Justifier de sa foi, de ses textes sacrés devant les nations ?

Nahmanide, rabbin, commentateur de la Torah et des lois juives, médecin et kabbaliste aurait pu se poser cette question lorsqu'il fut nommé par Jacques Ier, roi d'Aragon pour débattre sur le Talmud contre Pablo Christiani de l'ordre des dominicains. Le débat contradictoire passionna Barcelone : Le thème, le Talmud (livre de commentaires et de législation rabbinique). catholicisme contre judaïsme ! Même si chrétiens et juifs cohabitaient sereinement en Espagne depuis le début du moyen-âge si ce n'est plus depuis la diaspora, l'instinct territorial (fut-il celui de l'esprit) gagnait du terrain. Juif converti au catholicisme, le frère Pablo C. orientait la dispute intellectuelle vers un messianisme latent dans cet ouvrage phare de la pensée hébraïque. Sous la protection du roi, Ramban (pour ses fidèles) soutint si bien et si finement la charge dominicaine que les honneurs lui en revinrent. Le roi lui octroya une récompense pécunière, à la plus grande rage des religieux qui arrivèrent à faire emprisonner et bannir Moshe ben Nahman. L'homme d'étude et de foi passa par le Roussillon, et gagna la terre sainte pour finir sa vie à Acre en 1270.


Souvent tolérés, contrôlés, maintenus à distance, les quartiers juifs se fermèrent peu à peu, sous l'effet d'une répression larvée et progressive. Des émeutes éclataient ici et là comme des feux allumés par quelque seigneur attisant la jalousie et l'orgueil de ses gens. Les destructions de biens, les pillages, les impôts particuliers et les expulsions montaient en puissance. Les quartiers se transformèrent en ghettos (Call en catalan) et se fermèrent sur leurs murs mitoyens avec les chrétiens. L'hermétique isolement permit à ces maisons une conservation exceptionnelle (préservation également des cours internes, ruelles...). Si vous passez par Gérone, allez donc rôder autour de la cathédrale. les Mezzouzas ne sont plus là mais la marque de leur emplacement demeure. la culture juive imprègne les lieux.

Les juifs de la contrée de l'Emporda souffrirent particulièrement des répressions croissantes. La province de Gérone se vida des hommes à la rouelle (étoile jaune de l'époque) d'une façon accélérée à partir de 1391. 1492 et son décret d'expulsion jettera le peuple errant sur les routes, temporairement pensaient-ils. Ils confièrent leurs biens à la surveillance de quelques uns qui ne purent (ou ne voulurent) éviter les confiscations et les démantèlements fonciers.

Aujourd'hui encore le vendredi soir, lorsque se couche le soleil et que s'allument les deux bougies annonçant l'arrivée de la fiancée Chabbat, on observe les commandements, et on se souvient que Ramban et Moïse de Léon déambulaient gaiement carrer Força à Gérone, oublieux de leurs libertés rétrécies horizontalement, mais verticalement libres; Un manuscrit de la Kabbale serré sur le coeur de l'un, et dans l'esprit de l'autre les étincelles dansantes du Zohar sous la voûte étoilée d'un ciel espagnol.

Merci à Gilles pour la photo et l'idée du sujet


jeudi 8 novembre 2007

Petite et rapide bio de François Varillon

Le 17 juillet 1978, à Lyon, banlieue ouest de Lyon, s'éteint François Varillon. Que cet homme a eu la bonne idée de naître ! Né le 28 juillet 1905 dans la capitale des Gaules. La prêtrise catholique s'imposa dans toute son évidence pour lui. Il enseigne les lettres, la philosophie, participe à des cercles de résistance spirituelle pendant l'occupation allemande, devient aumônier de mouvements, et s'oriente vers la pédagogie de l'enseignement doctrinal chrétien. Infatigable donneur de conférences (il a avoué avoir dormi dans 16 lits différents en un seul mois), il fut le vulgarisateur de la théologie catholique.

Ses passions... laissons-le parler : « Je suis constitué par un triangle assez caractéristique dont les angles s'opposent : Fénelon, Claudel, Wagner. Il serait assez difficile de déterminer comment il y a une compensation entre ces trois génies. »

Il avance et lutte dans le renoncement aux amitiés et à l'amour qui lui proposaient ses attraits les plus puissants, parce que légitimes. On ne suit pas le Christ dans le célibat, sans faire constamment des choix « par préférence », et non par rejet.

Les salles se remplissaient, et tout-à-coup l'enseignement se faisait accessible; Sans simplifier jusqu'à la réduction les mystères de la foi, il apporta sur elles un éclairage nouveau et fidèle. Nous pouvons dire qu'il haussa l'homme à la compréhension de sa foi. Ses mots sur la Présence et sur l'Eucharistie puisent sans s'altérer aux sources les plus vives de la tradition catholique sans user de poncifs, de mièvreries, ou de discours justes mais ennuyeux.


Si vous voulez commencer par le lire, vous pouvez sauter à pieds joints dans "Joie de croire, joie de vivre". Le meilleur de ses lumineuses conférences, des traits d'esprit et des fulgurances évangéliques sur l'amour, la foi... Il ne vous dira pas qui est Dieu, mais vous le comprendrez par sa façon de décrire les expressions de l'Amour.

mardi 6 novembre 2007

Saint Denys et les modulations de la vérité

C'est pourquoi , sous l'invocation de Jésus, la lumière du Père, oui, la vraie lumière qui éclaire tout homme venant an monde et par qui nous avons obtenu d'aborder le Père, source de lumière, élevons un regard attentif vers l'éclat des divins oracles que nous ont transmis nos maitres : là, étudions avec bonne volonté ce qui fut révélé, sous le voile de la figure et du symbole, touchant les hiérarchies des esprits célestes. Puis, ayant contemplé d'un œil tranquille et pur ces splendeurs primitives, ineffables, par lesquelles le Père, abîme de divinité, nous manifeste sous des types matériels les bienheureux ordres des anges, replions-nous sur le principe infiniment simple d'où ces splendeurs dérivent. Ce n'est pas à dire toutefois que, jamais elles existent en dehors de l'unité qui fait leur fond; car, lorsque s'attempérant par providentielle bonté aux besoins de l'homme pour le spiritualiser et le rendre un, elles se répandent heureusement en rayons multiples, alors même elles gardent essentiellement une identité immuable et une permanente unité; et sous leur puissante influence, quiconque les accueille, comme il doit, se simplifie et devient un, au degré où il en est personnellement capable. Effectivement ce principe originel de divine lumière ne nous est accessible, qu'autant qu'il se voile sous la variété de mystérieux symboles, et qu'avec amour et sagesse il descend pour ainsi dire, au niveau de notre nature.
Saint Denys l'aréopagite, "Le livre de la hiérarchie céleste", chapitre premier.

Les pères de l'église, vous connaissez ? Il y a dans leurs mots toute la beauté de la révélation qui n'a pas encore été atteinte par les altérations du siècle. A quel degré de corruption le message évangélique s'est-il voilé, pour devenir cet aride rendez-vous dominical ? Est-ce une consolation, un coup de fouet spirituel, ou une habitude religieuse parée de sentiments louables ?

St Denys nous dit en quelques mots que le recours à Jésus-Lumière éclairant chacun (et pas seulement le fidèle chrétien) nous met en condition pour recevoir un enseignement donné par une autorité compétente. Là, par le symbolisme (qui est proprement la langue de la Tradition Sacrée) nous contemplons l'imagier des réalités spirituelles qui rendra notre esprit Un comme ces réalités procèdent de l'Un.

Encore ici, pas d'uniformité : chacun reçoit selon son degré de conscience, et selon ses capacités propres. La vérité divine module ses effets individuellement. Juste ce qu'il faut pour nos besoins présents. De l'unité, plutôt : La Lumière divine se donne à voir et aimer par ceux qui s'accordent à ce principe de vérité, en rassemblant les rais épars pour les concentrer en son coeur, tabernacle véritable de l'Eternel (YHWH) béni soit son Nom.

Gardez la foi, et soyez loyal et généreux.

dimanche 4 novembre 2007

Des ponts et des arches

Cette tour du pont fortifié de Cahors illustrera parfaitement le sujet d'aujourd'hui.
Six arches et trois tours font de cet ouvrage une merveille de l'art militaire européen. 70 ans de construction à partir de 1308. La légende médiévale du pont Valentré raconte que l'architecte vendit son âme au diable en échange de l'aide nécessaire à la clôture des travaux et à la soumission ouvrière du démon. En cas d'échec de ce dernier, l'homme conservait son âme. Les travaux touchaient à leur fin, et l'architecte rusé commanda au diable d'apporter aux maçons de l'eau à l'aide d'un crible (sans le modifier), afin de préparer la chaux. Le Malin jura de se venger, et les maçons ne purent terminer un angle du pont, défait chaque nuit. Ce n'est qu'en 1879 que l'ouvrage fut restauré. Une pierre de taille illustrée d'un diable fit mémoire de la légende sur la tour centrale.
D'autres versions existent, tournant autour d'un Maître Maçon et de ruses servant à tromper un diablotin, dans le même esprit.

Symboliquement, le pont est un voyage à travers (par dessus) une difficulté, un moyen d'atteindre son but. Vaincu ou à vaincre, l'ennemi menace notre voyage. Le pont est souvent associé au diable, s'opposant au franchissement ou à sa construction. L'eau et les écueils de la vie peuvent toujours nous engloutir, mais quid d'un pont au-dessus du vide sur certains livres de pierre médiévaux ? Nous pouvons rapprocher le pont du cheval ZEN : Le cheval KU chevauchant le vide, la vacuité de l'esprit abolissant l'attachement au phénoménal. l'obstacle existe toujours, mais il est transcendé par notre capacité à le dépasser.

Nous trouvons ici une excellente justification des correspondances entre l'Art de bâtir et l'Art de se bâtir. Construire, joindre, voyager, combattre, vaincre, entrer... pour grandir sur la route, il faut parfois aller de pas mesuré en pas mesuré, enjamber la dualité, pour avancer là où le soleil se lève. En parlant de lumière du soleil, ne faut-il pas son action sur la pluie pour construire l'arche de l'arc-en-ciel, image de l'alliance biblique de Dieu avec les hommes ? Céleste ou souterrain (voir caveau voûté au rite et degrés de l'Arche Royale), ce pont de pierre ou de lumière s'inscrit comme un champ de possibilités entre Dieu et l'homme.

Le souverain pontife ne me démentira pas.

Bon voyage.

samedi 3 novembre 2007

Une visite de saison

Une fois n'est pas coutume, ni pensées métaphysiques, ni poésie, ni transcendantes considérations religieuses... Du brut. Mais je vous préviens, le naturel reviendra au galop.

Est-ce la visite à une amie qui m'inspire d'être un peu plus terre-à-terre ?
Le jeu de mot est facile. Mais c'est la Toussaint, ou plutôt le "jour des défunts" qui fournira le sujet d'aujourd'hui. C'est dans un cimetière, celui de La-Roche-Sur-Yon que j'ai rendu visite à Jacqueline. L'amitié ne meurt pas, et selon ce que dit Marie de Hennezel dans "mourir les yeux ouverts", alors que le disparu devient impalpable, c'est en nous qu'il devient étrangement plus présent qu'avant.
Je tourne, je vire dans les allées, je procède méthodiquement... elle est là. Je pose la main sur cette pierre sobre. Un nom, une date, et c'est tout. Une pensée, une prière sur ce lieu du souvenir, mais as-tu jamais quitté nos pensées, toi dont la courte vie a charrié plus de souffrances que de joies ? Le Christ était ta barque, elle n'a jamais chavirée. Pourtant, tes tempêtes ruinaient tes forces, mais le gouvernail de la foi t'a amené au port. Beaucoup de paix pour toi, j'espère, maintenant.
Je flâne, j'observe. Tiens, une colonne brisée, symbole d'une jeunesse fauchée. Tiens, un soleil gravé, une lune... Allons bon, ce cimetière est aussi une "forêt de symboles" ! (Baudelaire).

Ici, des tombes portant l'inscription Napoléon-Vendée, ancien nom de la Roche-Sur-Yon pendant le Second Empire.
Et là... l'ancien maire de La-Roche, Stéphane Guillemé. L'inscription dit :

Guillemé Jacques-Timothé-Stéphane Maire de La-Roche-Sur-Yon 1888-1912 Vénérable de la Loge Maçonnique LA FRATERNITE VENDEENNE 1887-1911 Membre du Conseil de L'ordre du Grand Orient de France 1897-1900 Chevalier de la Légion D'Honneur Officier de l'instruction publique

Aucun signe religieux sur la tombe, un ardent défenseur de la laïcité je n'en doute pas. A gauche sur la tombe, gravée, une représentation que j'imagine être celle de la ville (village sur rocher). A droite en symétrie, le maillet de l'officier de Loge et l'équerre-Delta avec son inévitable associé, le compas.














A quelques pas, le frêre Jules Dequaire (à gauche) porte ses palmes académiques sur son lit de pierre. Cet inspecteur d'académie dont la tombe est ornée du même signe que son frêre contemporain plus loin reposant, n'en finit plus de regarder la sortie vers laquelle je me dirige enfin.
Je tiens la difficile porte à une dame, et j'indique la diffculté à la maintenir ouverte. Elle me rétorque en riant que c'est pour nous empêcher de sortir ! J'aime l'humour qui est peut-être moins une "politesse du désespoir" qu'une victoire sur l'inéluctable.
Ici, nul ne peut éviter de songer à sa mort. Qui sait quelle sera notre attitude à ce moment là ? Mais si l'on meurt comme on a vécu, je pense l'accueillir telle une soeur venant me chercher pour rejoindre le Père. Si l'on ne regarde pas les choses en face, elles posent notre regard avec insistance sur nous, et c'est plutôt désagréable de se sentir observé. Pas d'autre moyen, faire face pour combattre !