Où vous trouverez des données sur la spiritualité, les traditions sacrées, les religions, le symbolisme, l'ésotérisme chrétien et les vieilles pierres bavardes.
Où l'idéal chevaleresque s'écrira au fil de ces lignes.
Où vous trouverez des clés pour ouvrir des portes.
Où vous lirez toutes les correspondances avec votre propre pèlerinage et le jeu de l'oie, tantôt à passer des ponts, tantôt à être bloqués dans des compréhensions figées, tantôt propulsés vers quelque nouvelle étape.
Où vous me trouverez peut-être à une croisée de chemins.
Où vous trouverez je l'espère l'étrange et lumineux pèlerin d'Emmaüs.

samedi 26 avril 2008

Abbaye des Fontenelles, foi et gnose


L'abbaye qui est invisible d'à peu près partout trône pourtant sur une petite butte.
Une donation financière de Guillaume de Mauléon (seigneur de Talmont) permit à des moines de s'installer dans ce qui était un désert vert au XII° siècle.

Rattachée au diocèse de Poitiers puis à celui de Luçon, cette abbaye de style angevin typique de la transition du roman au gothique nous offre quelques heureuses surprises, malgré son état de délabrement actuel. Elle n'en finit pas de succomber aux ans et à l'indifférence malgré son classement en monument historique en 1948.
S'il n'y a plus de sous pour l'héritage des siècles, il y en toujours pour l'artifice du siècle. Bref, il est bien pénible de constater que l'édifice le plus pittoresque et le plus ancien de la région de La-Roche-sur-Yon et ses environs est la proie du lierre, des infiltrations et de l'incurie.

Nous parlerons diable, aujourd'hui. Souvent présent dans l'art des bâtisseurs il n'est nullement ici le signe d'une allégeance au mal selon l'ignorance en vigueur, mais la présence d'un principe spirituel au milieu d'autres principes spirituels pédagogiques, reflet des réalités invisibles.

C'est dans la salle capitulaire (ce qu'il en reste) que plusieurs culs-de-lampe aux faciès diaboliques expriment leur apparente incongruité en ce lieu.
Comment ça ? Des moines consacrés aux choses de Dieu, à la prière, voisinaient avec des visages de démons ? Est-ce possible ?
Si l'on est sous le regard de Dieu, nous le sommes aussi sous celui du Démon qui rôde en attendant notre faiblesse, comme un lion guettant le plus faible du troupeau. Au milieu de leurs occupations les moines gardaient ainsi à l'esprit leur faiblesse dans la vigilance. Comme il est écrit dans la Bible, Nouveau Testament, Epitre de Paul aux Ephésiens chapitre 6 verset 12 à 18 :
12 Car ce n'est pas contre des adversaires
de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés,
contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les
esprits du mal qui habitent les espaces célestes.
13 C'est pour cela qu'il vous faut endosser
l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir
tout mis en œuvre, rester fermes.
14 Tenez-vous donc debout, avec la Vérité
pour ceinture, la Justice pour cuirasse,
15 et pour chaussures le Zèle à propager
l'Évangile de la paix ;
16 ayez toujours en main le bouclier de la
Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais;
17 enfin recevez le casque du Salut et le
glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu.
18 Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l'Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints.
La lisibilité de la présence et de l'action du démon dans notre monde sont relatives à notre vue. Avons-nous les yeux perçants, nous discernerons son influence en nous et autour de nous. Sommes-nous mal-voyants, nous le ramènerons à une expression du mal en sa généralité, dont l'être humain est l'initiateur par son comportement. Exit l'entité personnalisée.

Un adage chrétien veut que l'artifice le plus fameux du diable soit celui de faire croire qu'il n'existe pas. Une lecture simpliste de la religion chrétienne nous ferait penser qu'elle est superposable à des croyances plus ancestrales, dont les ressorts entre bien et mal correspondraient à peu près aux mêmes idées : Forces spirituelles du bien et forces spirituelles du mal. A la grande soupe de l'à-peu près, le manichéisme est roi. Et sans aller chercher à l'extérieur de sa propre église, nous trouvons en elle chez certains toutes hérésies qui s'apparentent à des croyances chrétiennes. J'ai bien écrit croyances, et non foi. La foi étant cet absolu qui engage la sûre et totale adhésion de tout l'être, et non une croyance altérée par ses propres doutes. La foi qui doute n'est déjà plus la foi. Cqfd. Ah, si nous avions la foi grosse comme une graine de moutarde, nous en ferions un refuge pour tous les oiseaux...

Et de l'altération des principes de foi jusqu'à l'agnosticisme il n'y a qu'un pas. Henri Corbin nous éclaire sur cette sécularisation du "messianisme théologique à un messianisme social pur et simple" dans le meilleur des cas, avant l'extraction finale des principes transcendants.

Il reprend, dans son ouvrage intitulé "En Islam iranien" : "L'eschatologie laïcisée ne dispose plus que d'une mythologie du sens de l'histoire. (...) Le processus est en marche dès lors que l'on s'attaque, comme on l'a fait pendant des siècles, à toutes les formes de gnose (connaissance), sans que la Grande Eglise, en se retranchant de la Gnose, pressentît qu'elle préparait du même coup l'âge de l'agnosticisme et du positivisme... A son magistère dogmatique ne fit que se substituer l'impératif social (les normes collectives). Celui qui était "l'hérétique" est devenu le "déviationniste", quand on ne dit pas tout simplement "inadapté". Car on en arrive à expliquer tout phénomène de religion individuelle, toute expérience mystique comme une dissociation de l'individu de son "milieu social". Le "réflexe agnostique" paralyse toute vélléité d'accueil à l'égard des témoins d'un "autre monde". Il est poignant de constater la hantise qui agite aujourd'hui de si larges fractions du christianisme : la peur de passer pour ne pas être "dans ce monde", et partant pour ne pas être pris au sérieux. Alors on s'essoufle à "être de son temps", à proclamer la "primauté du social", à se mettre d'accord avec les exigences scientifiques"(...). La grande tragédie est là, dans le fait que le christianisme, sous ses formes officielles et historiques, a succombé à la tentation que le Christ avait repoussée..."

A force d'ouvir des routes plates dans la jungle des bons sentiments, l'Eglise chrétienne peut très bien en perdre tout relief.

Et si nous revenions à l'abbaye des Fontenelles...

Au dessus de la niche d'un gisant, la voussure est couronnée en clef d'arc par un masque grimaçant sur lequel repose un ange. Notions de monde inférieur, monde supérieur. Ce dernier semble émerger (reposer) sur l'inférieur. Nous voyons bien ici que l'intention du maçon était bien d'incarner une réalité spirituelle : Celle que nos contingences humaines jusqu'à ses aspects les plus sombres sont pourtant le support d'une élévation. N'ayant pas trouvé de réponses dans la matérialité, nous utilisons pourtant le monde des formes pour accéder à l'informe qui n'est pas chaos mais ce qui n'a-pas-de-forme.

A suivre.

vendredi 11 avril 2008

Baptême et initiation

Aux premiers siècles de l'église, le rite du baptême avait une grande importance, plus qu'aujourd'hui où son rôle se cantonne dans des notions de support, d'image des réalités célestes; Et bien sûr qu'elles le sont. Mais il faut rentrer dans une compréhension supérieure, ou tout du moins désirer discerner les différents plans de la Révélation. La valeur pédagogique du rite est indéniable. Sa capacité à introduire l'esprit d'un plan inférieur à un plan supérieur est moins évidente, car la mode n'est pas à souligner la hiérarchie des sacrements de l'initiation chrétienne, mais à mettre l'accent sur une relation personnelle à Dieu qui suffirait.

Donc, les premiers catéchumènes étaient instruits oralement sur les principes de la foi. Le jour du baptême, la cérémonie par elle-même est précédée de prières et d'invocations. A quoi bon opérer en apparence des actes référant à un principe spirituel... sans l'accès au spirituel ?
Ils se déshabillent au bord du baptistère qui se présente comme un bassin en forme de croix dans lequel on descend par un escalier à l'Ouest et l'on remonte par un autre à l'Est. Il faut se dépouiller du "vieil homme" et de ses attributs avant tout ! On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres.


Il enlève également tout bijou ou ornement, or et argent. Il n'est plus besoin de briller par quelque artifice à ce moment là. Les anciennes attaches sont rompues, nu et en vérité devant le Dieu trois fois Saint.
Le catéchumène est enduit d'huile d'olive sur tout le corps qui le consacre roi, prêtre et prophète en une onction. Les références bibliques se rapportant à l'abondance de l'Esprit divin revêtant le croyant sont nombreuses.
Dans le bassin de trois pieds de profondeur, par trois fois le nouveau chrétien est plongé (immergé) au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; les eaux qui jusque là symbolisaient l'abaissement et la mort deviennent vie et résurrection en Christ.
Le chrétien revivifié gravit l'escalier oriental et revêt un vêtement blanc, signe de son passage de la mort à la Vie. Sa marche vers le Christ-Soleil levant n'est qu'à son début.

L'onction d'huile a été détachée dans le sacrement de la confirmation, terme des premiers degrés de l'initiation chrétienne. Le mariage et l'Ordre (prêtrise) ne concernent pas tous les chrétiens.

Il est à noter que la pratique religieuse habituelle n'a rien à cacher, et que tout peut être décrit et vécu sans aucune idée de restriction à un petit nombre. Quelques voies initiatiques se sont extériorisées à outrance, négligeant la nécessité d'instruire précisément ceux qui manifestent les meilleures dispositions à progresser, et à les faire évoluer selon leur stade personnel. De nos jours et sans souci, une classe de pratiquants (par exemple dans le catholicisme) de confirmands fait son année et tous seront confirmés, sans égard pour le niveau de chacun. C'est aux dépens malheureusement des postulants à un sacrement que s'applique ce manque de discernement : Nous passons de la possibilité d'une initiation effective à une initiation virtuelle, bien que la validité dudit sacrement ne soit pas engagée; Ce sont les fruits qui avorteront pour les moins préparés des instruits.
L'uniformité d'une instruction se détache du caractère initiatique, glissant vers un enseignement profane.

Ce qui est transmissible est une forme que l'esprit investit pour l'activer dans le fond. Il faut donc que cette forme soit fondée et éprouvée par un canal de transmission traditionnel, propre à aider la réalisation du plan soumis par l'enseignant.
Ainsi, le véhicule du rite offre à l'être la possibilité de dépasser ses contingences qu'il aurait (au mieux) adaptées religieusement ou civilement dans le cadre d'une pseudo-initiation. L'aspect virtuel de cette dernière se reconnaît comme tel par les limites qu'elle fixe, que ce soit dans le domaine du dogme ou du règlement; La réalisation spirituelle étant au-delà des formes nécessairement humaines par lesquelles elle est véhiculée, son plafonnement est sans limites hormis la capacité propre du "réalisant". Et n'entendons pas ici que telle ou telle voie est une erreur, mais un stade plus ou moins réalisé d'un... pèlerinage ascensionnel.

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