Détail d'une maison de Saint Antonin Noble Val (82).
Où l'idéal chevaleresque s'écrira au fil de ces lignes.
Où vous trouverez des clés pour ouvrir des portes.
Où vous lirez toutes les correspondances avec votre propre pèlerinage et le jeu de l'oie, tantôt à passer des ponts, tantôt à être bloqués dans des compréhensions figées, tantôt propulsés vers quelque nouvelle étape.
Où vous me trouverez peut-être à une croisée de chemins.
Où vous trouverez je l'espère l'étrange et lumineux pèlerin d'Emmaüs.
samedi 14 février 2009
Purification et imitation chrétienne à l'aube du concile de Plaisance
"Trois mouvemements d'idées notamment ont contribué à façonner les valeurs propres aux sociétés occidentales au cours du XI° siècle : la Paix de Dieu, le pèlerinage, la conquête. La Paix de dieu des années 980-1025, ainsi que son substitut historique de la Trêve de Dieu, avait pour but naturel d'endiguer la violence générée par le groupe des spécialistes de la guerre. Quoi qu'on en dise, elle a vivement aidé à la formation d'une éthique chevaleresque. Elle semble avoir aussi favorisé le pèlerinage, qui bouillonne d'activité depuis le tournant de l'an mil. Elle peut aussi avoir fécondé la conquête, que les pèlerins et les voyageurs signalent comme une possibilité nouvelle au retour de leurs explorations (...).
Or ces trois mouvements s'alimentent chacun et tous trois de deux grands thèmes de la Réforme ecclésisastique, telle qu'elle est formulée depuis la fin des années 1040. (...) Purification et imitation."(1)
La Purification réformative engagée par l'autorité ecclésiastique d'Occident vise à combattre trois perversions :
"Libido sexus" concerne la sexualité coupée de sa finalité au sein de la société traditionnelle du Moyen-Âge;
"Libido divitarum" concerne la thésaurisation en vue d'un enrichissement personnel qu'il soit commerçant ou religieux;
"Libido dominandi" concerne la libération spirituelle religieuse du pouvoir temporel et de ses contingences. Nous pouvons voir dans ce dernier point les prémices d'une laïcisation future de la société, mais encore embryonnaire. Le "monde profane" est moins coupable de la séparation d'avec le sacré que la sphère religieuse elle-même. Les clefs d'or et d'argent de St Pierre commencent à s'éloigner l'une de l'autre.
Imitation enfin, du Christ nu. "C'était l'ambition des saints ermites, de ces adorateurs d'un Dieu jaloux et sans partage, de ces veri israelitae que mentionnent en abondance les documents des X° et XI° siècles", et qui sont ceux "qui voient Dieu", les véritables contemplatifs dont la cohorte ne s'identifie pas toujours à celle des moines. (...)
Pourquoi l'imitation ? Parce que l'homme a besoin de médiations dans son périple entre le profane et le sacré (...).
Le christianisme latin demeurait obstinément réticent à l'égard de l'incarnation du divin dans l'humain, et vis-à-vis du corollaire théologique de la divinisation de l'humain : ne croyons pas que la pensée du Pseudo-Denys, les fabrications savantes de Maxime le Confesseur aient touché plus qu'une poignée de moines intellectuels, à Auxerre au milieu du IX° siècle, à Cluny dans la première moitié du XI°. (...)"(2)
Les inspirations des pères de l'Eglise traversent les ans tantôt éclipsées, tantôt exhumées. Quelles pépites restent à découvrir pour vivifier la théologie actuelle ?
A lire de François VARILLON, "joie de croire, joie de vivre". La divinisation de l'Homme est l'incarnation : "Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu" (S. Athanase, inc. 54, 3 : PG 25, 192B)."
(1) et (2) Extraits de l'ouvrage : LOBRICHON Guy, La Bible au Moyen Age, collection les médiévistes français, Editions Picard, 2003, 247 p.
lundi 9 février 2009
Le mystère de la Trinité
Le Philosophe Inconnu (Louis Claude de St Martin) défend l'idée d'une religion habitée par la Sainte Trinité chrétienne, irréductible notion théologique incarnée dans notre réalité. Il justifie la foi trinitaire par l'organisation du vivant, la figure éternelle du Père/Fils/Esprit comme inspiration créatrice du monde connu.
Le christianisme décrit par C.F. Dupuis serait un dérivé de la "religion universelle solaire" dont elle serait une évolution plus ou moins abâtardie. Dès lors qu'aucune nouveauté ou accomplissement ne se trouverait dans la religion chrétienne, le principe de doute est introduit, premier pas vers l'athéisme.
[...] Ce qui distingue essentiellement le dogme du christianisme de ceux des autres religions, c'est la manière de concevoir Dieu en trois personnes, qui sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
On a déjà corrompu ce premier dogme en en faisant un mystère incompréhensible, tandis que c'est la première leçon qu'on donne aux catéchumènes, comme la première porte pour entrer dans le christianisme et sans laquelle on ne peut pas le comprendre. - Le Christ n'a pas dit de faire de ce dogme un mystère ; au contraire, il a dit instruisez-les et baptisez-les, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Le Baptême, dans son principe, se nommait Illumination ; ainsi il devait être une instruction lumineuse, spécialement sur la Trinité, car on n'illumine pas un mystère et on ne fait pas entrer dans une religion en cachant le point essentiel qui la constitue.
Avant le christianisme, on a admis un Dieu unique sous la dénomination de puissance. Les chrétiens lui donnent le même nom en y ajoutant le mot : Père ou Créateur, et en font une puissance créatrice qu'ils nomment Dieu, le Père tout-puissant.
Une puissance seule et infinie dans l'immensité du néant ne crée rien. Tout objet susceptible d'être créé n'existe en elle qu'en puissance. Pour qu'elle se détermine à créer, il faut qu'il émane d'elle une volonté ou un amour qui l'incite à donner l'existence à une chose plutôt qu'à une autre, et c'est cette volonté, cet amour, ce verbe, cette parole arrêtée, que les chrétiens nomment Dieu le Fils ou la seconde personne de la Trinité, distincte de la première, quoique faisant unité avec elle, car on sait que la puissance n'est pas la volonté et que l'une ne peut pas opérer sans l'autre ; ainsi les deux, quoique différemment personnifiées, ne sont qu'un seul être.
La puissance et la volonté réunies peuvent créer un monde composé d'une multitude d'objets qui pourraient former un chaos, un désordre, une destruction des uns par les autres, une cacophonie, etc. Il faut, pour qu'une création réponde au but du créateur, qu'il émane de lui, par sa volonté ou son amour, un esprit de sagesse, d'ordre, d'harmonie, etc., qui établisse l'accord entre les objets créés, et c'est là ce que les chrétiens nomment le Saint-Esprit, du mot saint, qui veut dire régulier, et du mot esprit, qui signifie but, fin, etc.
Dieu est donc personnifié chez les chrétiens par la puissance, l'amour et la sagesse.
La Trinité est si bien établie qu'elle est indestructible par le raisonnement, car celui qui voudrait en nier l'existence la prouverait par le fait même de sa négation. Il nierait parce qu'il aurait la puissance de nier et qu'il en aurait la volonté, et en niant il emploierait tout ce qu'il aurait de sagesse logique pour persuader, ainsi il aurait agi par la puissance, la volonté et la sagesse, ce qui est la Trinité, avec laquelle il exécute toutes ses actions, comme étant l'image et la ressemblance de Dieu.
La seconde personne de la Trinité est l'esprit d'amour, que les chrétiens appellent le Christ, celui par qui tout a été fait et sans lequel rien de ce qui existe n'a été fait. Ils disent que pour se communiquer aux hommes, il s'est incarné dans l'humanité, afin d'y arrêter l'action du péché originel et nous replacer dans notre premier état de conjonction avec la toute-puissance divine, dont nous sommes séparés.
Pour prouver l'effet de cette conjonction de l'homme par la religion de l'amour, le Christ a opéré ses miracles et il a donné pouvoir à ceux qui l'observeraient d'en faire de pareils et même de plus grands. Il a encore voulu qu'on reconnût ses vrais ministres par les prodiges qu'ils opéreraient en son nom et par leur amour les uns pour les autres.
Voilà toute la religion chrétienne, telle que le Christ l'a établie, et telle que ses premiers ministres l'on observée, prêchée et manifestée. (...)
La tripartition Désir/Volonté/Action s'inspire directement de l'Etre Trinitaire qui est Puissance latente, Volonté agissante et Sagesse qui ordonne; Autrement, Création/Rédemption/Vivification, et que sais-je encore qui porte cette hérédité divine !
