Où vous trouverez des données sur la spiritualité, les traditions sacrées, les religions, le symbolisme, l'ésotérisme chrétien et les vieilles pierres bavardes.
Où l'idéal chevaleresque s'écrira au fil de ces lignes.
Où vous trouverez des clés pour ouvrir des portes.
Où vous lirez toutes les correspondances avec votre propre pèlerinage et le jeu de l'oie, tantôt à passer des ponts, tantôt à être bloqués dans des compréhensions figées, tantôt propulsés vers quelque nouvelle étape.
Où vous me trouverez peut-être à une croisée de chemins.
Où vous trouverez je l'espère l'étrange et lumineux pèlerin d'Emmaüs.

mercredi 31 octobre 2007

Masques

Est masque ce que nous rendons apparent aux autres. Reflet de ce que nous voudrions de meilleur en nous, nous n'en laissons voir que les éclats les plus avantageux. "De bonne guerre", rajoute l'adage. Tromperie ! Puisqu'il faut offrir au regard du monde un tant soit peu d'extériorité, que celle-là soit vérité. Il ne s'agit pas de paraitre, mais d'être. Et si cet "être" diffuse un peu de la force et de la paix acquises, le masque deviendra inutile. Celui qui jette son masque offre sa fragilité au jugement d'autrui, et y gagne la force de ne pas en dépendre.

Sur nos chapiteaux de colonnes, sculptés sur des modillons, dans nos églises les masques sont partout. Figures humaines ou animales, ils représentent des traits de caractère, des vertus, des sentiments, des bassesses bien connus. De même type que tout élément symbolique, ces masques renvoient à :
- des qualités artistiques (parfois douteuses) et un parti-pris décoratif pour l'oeil profane;
- Des expressions de l'âme humaine (comme dit plus haut) pour l'oeil sensibilisé au sens caché,
- Un miroir de nos propres passions (pour celui qui regarde, analyse et rapporte à soi).

Ce masque gaulois orne une console de colonne dans l'église d'Apremont (Vendée). Son écharpe de fils électriques est d'époque moderne, c'est attesté.

Les grimaces, la farce, le dérisoire, le grotesque ont droit de cité sur les chapiteaux romans de l'église de La Pommeraie-sur-Sèvre (Vendée) en tirant leur légitimité de l'enseignement chrétien. Laideur risible des faiblesses humaines; Celui qui se moque et celui qui provoque la raillerie sont dupes des mêmes sots ressorts.





groins de cochons (sommeille-t-il en nous ?), museaux de chiens (nous jetons-nous sur quelque nourriture spirituelle avariée), tête de mort (je suis ce que vous serez !) et faces bouffies, machoires serrées et joues creusées, tous ces masques offrent à notre regard leurs caractéristiques. Saurons-nous nous reconnaitre ?


Ce détail est intéressant. Une tête/corps montée sur deux bras, en angle de chapiteau. Je n'ose penser qu'il y ait un troisième oeil (est-ce une oreille ?) à gauche de la forme, ce serait encore plus marquant (passé, présent, avenir). Les bras baissés peuvent évoquer le repos, mais aussi une forme de stabilité. Les yeux situés de chaque côté de l'angle regardent vers le passé et vers l'avenir en même temps, c'est une connaissance non partielle, de l'origine à la destination (voir Janus, voir tombeau de François II à Nantes : double visage des quatre vertus gardant le tombeau du duc. J'aime bien celle qui tient le compas, allez savoir pourquoi).


lundi 29 octobre 2007

O toi l'au-delà de tout !

O toi l'au-delà de tout, N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t'exprime. A quoi l'esprit s'attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence. Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi. Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi. Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament. Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point de pensée, te rendent hommage. Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. Tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence. Tout ce qui demeure demeure par toi; par toi subsiste l'universel mouvement. De tous les êtres tu es la fin; tu es tout être, et tu n'en es aucun. Tu n'es pas un seul être, tu n'es pas leur ensemble. Tu as tous les noms, et comment te nommerais-je, toi le seul qu'on ne peut nommer? Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même? Prends pitié, 0 toi, l'au-delà de tout, n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?

Prière attribuée à St Grégoire de Naziance (329-390).


Né dans la Turquie actuelle, Grégoire (le théologien) devint Evêque comme son père qui auparavant l'ordonna prêtre. Docteur de l'église (titre conféré au regard de la qualité doctrinale enseignée), Grégoire définit le dogme trinitaire (Dieu Un en trois personnes) contre la pensée arianiste (Dieu-Père supérieur au Dieu-Fils Jésus-Christ). Auteur de très nombreux discours et poèmes.

Voilà pour un portrait sec du personnage.

Pour l'esprit, nous pouvons dire que l'homme fut autant le poète enflammé que le docteur éclairé. Nous pouvons noter le degré d'obscurcissement d'une certaine tournure de la transmission des vérités chrétiennes actuellement en les comparant avec les enseignements premiers :"Cherchons à être comme le Christ, car le Christ est lui aussi devenu comme nous : cherchons à devenir des dieux grâce à Lui, du moment que Lui-même, par notre intermédiaire, est devenu homme; Il assuma le pire, pour nous faire don du meilleur." (Oratio 1,5).

Ne dites pas à la sortie d'une église que notre vocation est de devenir des dieux, on vous jugera bien orgueilleux. "Jésus leur répondit : N'est-il pas écrit dans votre Loi : J'ai dit : vous êtes des dieux ?" (Jean 10,34)

Ailleurs, Grégoire conseille à son âme de se purifier :"Recherche ce qu'il y avait avant cet univers et ce qu'il est pour toi, d'où il vient, et quel sera son destin."
Insurmontable ? Bien sûr... avec nos capacités présentes. L'enfant n'a pas la force de l'adulte, c'est une question de croissance.

Et ce sublime poème/prière, "O toi l'au-delà de tout".
L'esprit éclairé de St Grégoire reste coi devant une présence de l'Eternel et Infini qu'il a pourtant définie dans sa trine vérité. Pas un gramme de dualité dans ce texte, Il y a une origine, un Principe dont tout procède. Telle une lumière sans localisation spatiale, étonnamment égale sur toutes choses. Décidément, cet hymne de stupeur nous enlève plus de fausses idées qu'il nous en apporte de nouvelles. Emondée, la vigne donne son fruit. Taillée, la pierre prend sa forme. La preuve par le retranchement, tel un tombeau vide le matin de Pâques.

Gardez la foi, et soyez loyal et généreux.

samedi 27 octobre 2007

La Salette vendéenne

Peut-être avez-vous entendu parler du sanctuaire de La Salette dans les Alpes, au dessus de Corps (plus de 1780 mètres d'altitude). Il commémore les apparitions de la Vierge Marie et le message délivré le 19 septembre 1846 à Mélanie Calvat et Maximin Giraud.

Il existe en Vendée à La Rabatelière un ensemble de constructions étranges, évoquant ces évènements et en y alliant d'autres pieux éléments. Imaginez des tours, des escaliers, des chapelles faits de pierres et de briques...



L'abbé Elie Hillairet fut curé du village de La Rabatelière Du 14 mars 1873 au 5 mai 1908 date de son retour dans le Coeur du Père Eternel. Sa dévotion pour la Vierge Marie dans le cadre plus particulier des faits qui se sont déroulés dans les alpages de l'Isère le transforma littéralement en prêtre-architecte-maçon. En l'honneur de la « Belle Dame », il érigea à flanc de coteau trois monuments :


Au centre du sanctuaire, trois groupes de statues sur trois plans étagés et progressifs illustrent les apparitions. Elles sont en fonte peinte, grandeur nature : La Vierge en pleurs, le dialogue des enfants avec la Vierge, et l'élévation de la Vierge devant les enfants. Le groupe de statues fut béni le 23 octobre 1889.

L'année qui suit, quinze oratoires sont édifiés, rappelant les mystères médités du rosaire sur des plaques de marbre. A prier en montant les escaliers jusqu'à la tour portant une croix rayonnante.

Face à ces deux parties, une troisième vient s'adjoindre. A quelques mètres sur un plateau rocheux, la « tour de la croix de Jérusalem ». Sous la tour, une crypte abritant un tombeau, celui du Christ. En effet, deux anges veillent sur le corps du Christ enveloppé d'un linceul. Le monde est en suspens, Dieu est mort et la Vie n'a pas encore jailli des ténèbres. L'Univers retient son souffle...

La tour abrite une croix façonnée dans un arbre du parc d'un château, celui de Mr de la Poëze. La croix fut envoyée à Jérusalem en 1893, parcourut sur le dos des pèlerins la Via Dolorosa, et reposa au lieu du calvaire. A la gare de l'Herbergement (Vendée), elle fut accueillie par une procession qui la ramena à La Rabatelière sur le dos des hommes de la paroisse. 13 km pieds nus, la langue et le coeur chantants. Que serions nous prêts à faire aujourd'hui, ailleurs que dans nos rêves ? Aurions-nous une once de ce courage et pas deux sous d'amour propre, pour marcher sur des routes déchristianisées ? Ce n'est pas seulement une culture qui est menacée, c'est une religion. Pas seulement une religion, un héritage sacré. « Observe et souviens-toi », dit-on les soirs de Shabbat chez nos frères juifs. Se souvenir, c'est déjà commencer à observer les commandements ! Avant de suivre vainement des modes halloweenesques, il y aurait tant à raviver de ce que nos ancêtres nous ont donné.

De la route en contrebas à cette tour, un chemin de croix serpente ses quatorze stations.


Le message de La Salette est particulièrement pénible à entendre : Si le peuple de Dieu ne se soumet pas à la volonté divine, les cultures seront gâtées, la famine décimera...
Il y a aussi la sévérité pour les conducteurs de l'Eglise amoureux des richesses et du pouvoir, les désastres apocalyptiques, la montée de la Bête et ses prodiges, la victoire finale par le souffle de St Michel l'archange, etc...

Texte du secret

Jean-Marie Vianney curé d'Ars-sur-Formans (Ain) reçut dans son église Maximin, l'enfant voyant. Après une entrevue avec l'enfant fantasque, le doute s'inséra profondément dans l'âme du prêtre. Son coeur penchait pour la reconnaissance de l'apparition alors que le manque de constance de M. Giraud battait en brèche son discernement spirituel. Durant quelques années, le thaumaturge resta avec ce doute jusqu'à ce qu'il conseilla vivement la piété à Notre-Dame de La Salette. Il déclara qu'il avait prié, et qu'il avait été éclairé.

L'église catholique resta divisée sur la véracité de ces manifestations jusqu'à l'authentification par les autorités. Des guérisons miraculeuses, la culture nécessaire à la rédaction du secret et le manque d'instruction des enfants, le déroulement d'évènements prédits fit de La Salette un grand centre de pèlerinages.

mercredi 24 octobre 2007

Lettre à l'ami

Tu t'interroges sur le mot "ascensionnel". Il figure une montée, c'est vrai. Tu ne comprends pas le titre de ce blog, je vais partager avec toi ce qui m'a fait choisir ce nom particulier.


Tu conçois que la vie est un pèlerinage où chacun, croyant et non croyant se déplace vers son idéal ou son absence d'idéal (ce qui est encore un but supérieur : Vivre en accord avec sa conscience).

Mais ASCENSIONNEL... c'est rugueux comme concept pour un chrétien, je te l'accorde. Ce mot appelle des images d'alpinisme, d'effort personnel pour atteindre les cimes, ce qui ravive le souvenir de la tour de Babel, et sa chute dans la confusion. De surcroît, le christianisme et plus précisément le catholicisme prône comme vertus d'excellence l'humilité et l'abandon à la grâce divine (et c'est justice) opposées (et là, je dis non) à toute possibilité d'accéder à la connaissance des mystères de la foi par l'intelligence. Il est déclaré domaine de la foi et limite de ce qui peut être saisi dans notre condition humaine par ceux qui ont fermé le sens large, profond des vérités métaphysiques. Grand bien leur fasse de délivrer au peuple chrétien un message superficiel de vérités qui ne le sont pas. Le mystère est un silence qui n'a pas à être considéré comme un coffre au contenu inconnaissable. Ce sur quoi la foi bute, et l'intelligence rebondit. Foi et connaissance ont le même rapport que la tige et la fleur. La tige porte et induit à la floraison le corps de la plante.


Ta question exprime un doute quant-à la place des "petits" et des "pauvres" dans ce pèlerinage ascensionnel. "Car il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus" (Matthieu 22,14). Signification ? Peu répondent ? Oui, c'est évident. Mais élus implique une élection, une qualification et une reconnaissance de cette qualification. Tous sont conviés à être sauvés, et c'est le propos des religions. Tous n'ont pas la capacité et la volonté d'ouvrir le coffre métaphysique, d'élever leur esprit à des réalités qui dépassent le simple cadre du « je crois/je suis sauvé » : Il n'y a pas d'égalité dans la voie initiatique qui nécessite une fructification du talent de chacun, selon ce qui lui est donné.

Je reviens à mon idée d'ascension. J'aurais pu, et sans en flétrir le sens, parler de "pèlerinage intérieur". Les termes sont différents, mais le sens est le même. Il s'agit de voyager de la périphérie au centre, de la surface au coeur, du bas vers le haut;

Mais je persiste dans ma pérégrination montante, puisque le TRES HAUT donna la Loi à Moïse sur le Sinaï, que Jacob dressa une pierre à Beth-El où il vit une échelle de la terre au ciel empruntée par les anges, que les juifs chantaient le chant des montées en gravissant les degrés du Temple de Jérusalem, et que le Christ s'offrit à la croisée de nos regards sur la colline du Golgotha (ai-je oublié la Sainte Transfiguration sur la montagne, entre Elie et Moïse ?). La symbolique des manifestations (théophanies) est le langage sacré, j'essaye de le parler.

J'utiliserais une représentation géométrique pour définir ce "pèlerinage ascensionnel". Sur une surface plane, nous aurions un cercle (représentant notre petite personne) et un point en son centre (l'Origine, l'Un). L'axe de la transcendance divine traverse ce point, nous avons une figure en 3 dimensions. Si l'homme par la spiritualité évolue en montant et en se rapprochant de l'Axe, nous avons une spirale montante. C'est pourquoi le "pèlerinage ascensionnel" me semble définir au mieux notre propre déplacement intérieur et ascendant.

Non, le chrétien ne doit pas être un pieux ignorant. Si ses dons le lui permettent, c'est tout son être qui doit s'orienter. Il est un état de l'être qui, passé de la foi à la connaissance, et de la connaissance à la réalisation en Dieu... Mais nous n'en sommes pas encore là, mon ami, n'est-ce pas... Nous verrons ça plus tard, l'éternité est devant nous.

lundi 22 octobre 2007

L'épée et la rosace

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas".Tao Te King

Où nous porteront les nôtres, aujourd'hui ?

Croisons encore le fer avec le symbolisme, et parlons d'épée.

Dans cette figuration du choix (église de Maché, Vendée), nous avons à gauche de la porte principale l'ange à l'épée flamboyante indiquant l'entrée de la maison de Dieu, et à droite le démon proposant un fruit dont on sait les effets néfastes sur l'obéissance au commandement divin !

L'épée peut être rapprochée de l'image du rayon solaire, à plus forte raison lorsque son fer ondule telle une flamme.
Est-elle à double tranchant ? Il semble ! L'Apocalypse nous parle du lumineux Fils d'homme : "Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage, c'est comme le soleil qui brille dans tout son éclat." (Apocalypse 1,16)
Puis, plus loin, la bouche du "Fidèle" et "Vrai" de laquelle "sort une épée acérée pour en frapper les païens ; c'est lui qui les mènera avec un sceptre de fer ; c'est lui qui foule dans la cuve le vin de l'ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout." (Apocalypse 19,15)

Pouvoir créateur et destructeur du Verbe qui profère la Parole de Vie, Rédemption pour ceux qui s'y conforment, chute pour ceux qui s'en excluent. Ces deux notions de rédemption et de chute nous amènent au souvenir du "paradis terrestre", état parfait de l'unité primordiale. Adam goute du fruit de l'arbre de la science, et ses yeux s'ouvrent sur la dualité bien/mal (Genèse 3,24). Il se cache au regard de Dieu "Où es-tu ?" dis YHWH (béni soit son Nom).


Les Kérubim (chérubins) sont placés à l'entrée du jardin d'Eden pour interdire l'accès à l'humanité désormais arrachée à son centre, l'état d'union à Dieu :"Il bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de vie." (Genèse 3,24)

Chu dans la dualité, décentré de son état primordial, l'homme n'aura de cesse de recouvrer son unité perdue. Mais l'épée flamboyante est là, à l'orient, interdisant toute possibilité d'une réintégration par le même chemin.

Mais alors, par quel moyen retourner à l'Unité principielle dont nous nous sommes exclus ? Aux réalités célestes imagées par la Genèse, il fallait une correspondance terrestre salvatrice... Et Dieu planta ici-bas l'arbre de la croix, cet autre arbre de Vie.

"O Croix, arbre de salut , qu'une source d'eau vive arrose, ta fleur est un parfum, ton fruit l'objet de nos désirs." (St Bonaventure)

La fleur éclose à l'intersection du ciel et de la terre n'est-elle pas figurée par les rosaces de nos églises, nos cathédrales ? roses aux pétales nombreux, tous émanés du centre du vitrail animé par l'incandescence du soleil. Au coeur de la rosace, le Christ ou un de ses symboles.

vendredi 19 octobre 2007

Les centres de l'être

Extrait de "HARA centre vital de l'homme", de Karlfried Graf Dürckheim.

Entre ce que l'homme considère comme l'obscure poussée des pulsions naturelles de la clarté de son esprit pensant, il y a le monde des sentiments, de l'intuition, de la souffrance et de l'âme. Il localise les pulsions en bas, dans l'abdomen, l'esprit dans la tête et la souffrance au niveau du coeur. C'est là que le Moi humain ressent la tension entre les contraintes de l'esprit moral et les exigences des instincts. C'est cette région autour du coeur, la poitrine, qui se gonfle quand l'homme se sent plein de force et submergé de bonheur et qui se resserre quand il est dans la douleur et la détresse. Il a l'estomac qui se serre, le foie qui se congestionne, surtout devant l'injustice et l'absurdité qu'il doit supporter, impuissant à les combattre. Or, c'est bien le coeur qui bat dans toute la région médiane du corps.
Alors que le ventre est le Centre-Terre, le centre vital, et la tête le Centre-Ciel, le centre spirituel, le coeur est le centre de l'homme. Les sentiments dont il est le siège expriment surtout ce que l'homme ne veut pas lâcher, les valeurs auxquelles il s'accroche, c'est-à-dire essentiellement la douleur de la séparation et le bonheur de l'union. On peut donc dire que le coeur est le centre de la personne, le "centre personnel". En revanche, tout ce qui concerne le Centre-Terre fait partie de la sphère "impersonnelle", c'est-à-dire préexistante, antérieure au développement de la personne, et il en est de même pour tout ce qui touche le centre spirituel.
(...)
Toute vie est tendue entre deux mouvements opposés : D'une part, le mouvement qui préside au développement de la "forme" individuelle et à l'épanouissement de la vraie personnalité et, d'autre part, le mouvement qui, faisant perdre à l'individu sa "forme" particulière et son autonomie, le pousse à SE REFONDRE DANS L'UNITE de l'Etre divin.
(...)
La position de l'homme entre le ciel et la terre correspond à celle de l'âme entre l'esprit et la nature, ordonnance qui se reflète également dans la symbolique du corps dans laquelle le coeur est situé entre la tête et le bas-ventre.

Christ bénissant dans une mandorle, ambulatoire de St Sernin, Toulouse. La mandorle (en amande) est une auréole de sainteté, élargie à la personne toute entière du Christ le plus souvent, mais également à la Vierge Marie. La mandorle indique une très grande sainteté. Les évangélistes (Jean-aigle, marc-lion, Luc-ange, Matthieu-boeuf) délimitent les quatre coins (!) de la figure. Le mouvement est donné par les plis du vêtement. Le livre est ouvert : la révélation est donnée à lire. La main bénissante avec trois doigts relie à la Trinité et touche l'apôtre qui reposa sa tête sur le coeur du Christ. Les yeux du Christ sont grands ouverts, le visage impassible. L'art roman incarne la vision des réalités invisibles.

Les trois centres décrits plus haut dans la citation de K.G. Dürckheim sont une grille de lecture à appliquer sur cette sculpture. La tête-spirituelle contemple l'Etre, le ventre est expressif de la force naturelle et de la stabilité dégagées, et le coeur, bien que voilé par un pli transversal se laisse suggérer, équilibrant à égale distance les deux autres centres : Ni trop dans les étoiles, ni trop ancré au sol, le coeur dans la tradition chrétienne est le réceptacle de la connaissance véritable de l'Amour, qui est Dieu. Voir à la notion de "milieu", et de "centre". Ce en quoi René Guénon disait que le Sacré Coeur du Christ était plus qu'une dévotion particulière...

mardi 16 octobre 2007

Montricoux, Templum et Amour du Christ

L'étymologie de Montricoux : Mont Ricos, le mont rugueux. Ce village du Tarn-et-Garonne fait partie de la longue liste des sites templiers du Sud-Ouest de la France.

1181, le prieur de l'Abbaye de St Antonin Noble Val donne ses droits paroissiaux de Montricoux (entre autres) aux Pauvres Chevaliers du Temple. Une commanderie est construite. Le donjon date de 1287.

Le 13 octobre 1307, c'est l'arrestation des frères de l'Ordre, leur séquestre à Cahors... Ils furent nombreux à périr, et nombreux à s'expatrier.

Salaire de la trahison, la seigneurie de Montricoux sera remise au traitre Esquieu de Floyran.

L'église St Pierre, édifiée par l'Ordre du Temple recèle quelques éléments intéressants.

Il existait sept chapelles dans l'église, deux ont subsisté, superposées.

Les vestiges du donjon, l'église et le reste de la commanderie témoignent contre l'histoire tronquée. Eléments du Royaume et de la chrétienté, l'Ordre à la puissance et la richesse croissantes, mais pauvre par ses moines se défit dans la persécution, relâchant ses fibres jusqu'aux pays de refuge. Des traces en Angleterre, des héritages en Allemagne (ne furent-ils pas excommuniés extra-territorialement ? C'est donc qu'ils trouvèrent asile au-delà du Rhin). Pour aborder le thème de la transmission d'une influence spirituelle dans la Maçonnerie Rectifiée, la piste Chevaliers exilés->Ordres chevaleresques teutoniques d'adoption->Noblesse allemande->Stricte Observance->Rite Ecossais Rectifié est hautement plausible. L'incarnation des hautes valeurs chrétiennes dans l'Art Royal des bâtisseurs ne nécessite pas une filiation historique dûment établie, pourvu qu'elle le soit au plan d'un héritage spirituel. Mais un enfant est parfois amené à chercher le squelette de ses origines dans la chair de son présent.

La chapelle basse montre dans sa clef de voûte un « T », celui de Templum.


Et la chapelle haute, celle du commandeur, de laquelle il pouvait assister aux offices. Elle était reliée au donjon.


Hors sujet, je termine avec une citation de Jean Tourniac qui résume le pourquoi de ce blog, et notre but avoué :

C'est donc à l'ouverture de ce coeur, là où s'épanouit la Rose rouge de l'Amour du Christ « qui dépasse toute connaissance » que nous avons voulu recueillir le sang vivifiant de l'entendement.

La Croix et la Rose, un futur sujet, je pense.


dimanche 14 octobre 2007

Les parfums de Marie-Madeleine

J'effleure ? C'est vrai, j'effleure les sujets. Mais mon parti-pris sur ce blog est d'effleurer, de susciter, par d'établir définitivement quelque vérité que vous auriez mieux fait de découvrir par vous-même... donc d'intégrer. En guise de rétribution, payez moi de votre attention silencieuse sur le chemin de votre ascension personnelle, c'est mon salaire.

Revenons à Livron, Tarn-et-Garonne. Ce sanctuaire n'a pas tout dit, aujourd'hui il livre encore un peu de son message. Je ne vous ai pas parlé de Marie-Madeleine... (Matthieu 26,6-13) :

6. Comme Jésus se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux,
7. une femme s'approcha de lui, avec un flacon d'albâtre contenant un parfum très précieux, et elle le versa sur sa tête, tandis qu'il était à table.
8. A cette vue les disciples furent indignés : « A quoi bon ce gaspillage ? dirent-ils ;
9. cela pouvait être vendu bien cher et donné à des pauvres. »
10. Jésus s'en aperçut et leur dit : « Pourquoi tracassez-vous cette femme ? C'est vraiment une »bonne œuvre» qu'elle a accomplie pour moi.
11. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours.
12. Si elle a répandu ce parfum sur mon corps, c'est pour m'ensevelir qu'elle l'a fait.
13. En vérité je vous le dis, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire. »

Je vous fais grâce des nombreuses théories sur ce personnage des Evangiles, sur les triples personnages pouvant la composer, sur le nombre des onctions et leur administration double (tête et pieds). Retenons seulement ici les thèmes du parfum et de la sépulture.

Dans l'imagerie religieuse, Marie-Madeleine est représentée tenant un vase, un récipient, un calice. Le parfum est versé sur Jésus en préfiguration de sa sépulture, elle annonce à son insu l'ensevelissement relativement proche du Maître. Que le traitement du corps de Jésus défunt soit effectif selon St Jean (par Nicodème) ou non effectué (par les saintes femmes attendant la fin du Shabbat), le Corps du Christ est parfumé par avance; Or, le parfum est l'offrande à Dieu dans l'Ancien-Testament, l'huile parfumée la consécration royale par l'onction de l'élu, et l'onguent servant à préparer les morts rituellement. Il y a donc ici une reconnaissance de la divinité du Christ, de son statut royal et de sa descente au tombeau.

Nous retrouvons Marie-Madeleine et son calice, devant la grotte (du dragon) de Livron.


La chapelle de droite de l'église est dédiée à la Sainte vénérée plus particulièrement en Provence. C'est Jean de Caraygue en 1338 qui la fit ériger. Il n'y a rien de surprenant à trouver la mémoire (Mt 26,13) de la sainte devant la grotte (lieu du retrait sacré, de la maturation secrète avant la naissance à la lumière). Le dragon (notre énergie primaire) est maitrisé, le tombeau est vide (le Christ est ressuscité) et la coupe est pleine. Mais si elle est vide de parfum, de quoi s'est-elle remplie ? Du précieux sang du Christ, comme le voudrait la légende du Graal ? Et pourquoi pas du sacrifice de louange réservé à Dieu, parfum de bonne odeur ?

vendredi 12 octobre 2007

Ecusson et tablier

Pur hasard ? Inspirations parallèles, mais provenant d'un même cheminement, d'une même approche du symbole ?
Je suis tombé en arrêt cet été devant l'écusson de la famille De Braquilanges possèdant le château de Cenevières dans le Lot. Description héraldique : "D'azur au chevron d'or accompagné de trois taux du mesme."
J'inverse l'écusson et je le compare à un tablier maçonnique au Rite Ecossais Rectifié.

Alors ? N'y a-t-il pas un air de famille ?

Les couleurs jaune (le sacré, la lumière céleste, l'éveil reçu) et bleue (le Ciel, la sagesse spirituelle, le plan des choses de l'esprit) se retrouvent dans l'un et dans l'autre.
Le Tau grec est traditionnellement représentatif de la Croix. C'est la potence du Golgotha où le Ciel a rendez-vous avec la terre, où se croisent tous les possibles de salut, le nôtre. St François d'Assise signait avec cette lettre.
C'est aussi la perpendiculaire de la Franc-Maçonnerie : On ne s'élève bien que sur une bonne base...

Alors, quelle transmission fixa sur l'écusson les couleurs et les symboles également présents sur le tablier ? Il faudrait faire quelques recherches historiques pour dater l'apparition de ces deux visuels, mais est-ce nécessaire à la compréhension des symboles, je ne suis pas sûr...

Une curiosité à l'intérieur du château, une pièce alchimique !


Un prédécesseur de l'actuel propriétaire se livra à des travaux alchimiques, dans l'espoir (qui sait) de transmuter son plomb en or. Devant son four, portait-il un tablier ? Différentes représentations mythologiques grecques ornent les murs (Jason, Hercule, Hachille, Atlas...)

Ah ! Si nous savions transmuter les plombs de notre conscience en or spirituel, ce serait déjà un Grand 0euvre bien suffisant.

Le site officiel :
Gardez la foi, et soyez loyal et généreux !

mercredi 10 octobre 2007

La Loge Mère

Le grand classique des poèmes de Rudyard Kipling, "The Mother Lodge". Facile de le trouver sur le net. Mais il y a une telle atmosphère dans ces phrases empreintes de nostalgie, que je ne résiste pas à l'inscrire aussi dans l'histoire passagère de ce blog.

Et puis, il est difficile d'oublier les maillons de la première chaine fraternelle. Elle se forme et se sépare, mais s'efface-t-elle jamais de notre mémoire ?

Petit lexique :
-Loge : Peut s'assimiler au terme "temple", mais désigne plus largement l'ensemble des frères réunis. La Loge a un nom et un numéro d'ordre.
-Vénérable : Maître Maçon présidant la loge et dirigeant les travaux.
-Landmarks : "bornes". Les règles maçonniques.
-Temple : lieu physique de la tenue.
-Tenue : Réunion périodique des Francs-Maçons au Temple.

Il y avait Rundle, le chef de station,
Beazeley, des voies et travaux,
Ackman, de l’intendance,
Dankin, de la prison,
Et Blake, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee
Qui tenait le magasin "Aux denrées Européennes".
Dehors, on se disait : "Sergent, Monsieur, Salut, Salam".
Dedans c’était : "Mon frère", et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !

Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le juif d’Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chucherbutty,
Amir Singh le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain.

Nos décors n’étaient pas riches,
Notre Temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent me vient à l’esprit :
"Au fond il n y a pas d’incrédules
Si ce n’est peut-être nous-mêmes ! "

Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer.
Nous n’osions pas faire de banquets
De peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères.
Et nous causions à cœur ouvert de religion et d’autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu’il connaissait le mieux.
L’un après l’autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait à l’aurore, quand s’éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;
Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,
Mes pas errant au service du Gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de la Loge-Mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs et bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l’allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office.
Et me retrouver parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.
Dehors, on se disait : »Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : "Mon frère " et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !



Et me retrouver parfait Maçon une fois encore... Là où la différence n'est plus un obstacle, mais une chance.

mardi 9 octobre 2007

La chaine des vices

Dans l'église de la Pommeraie-sur-Sèvre (Vendée), une fresque relativement bien conservée, et datant du XV° siècle a été découverte sous un badigeon ultérieur, en 1880. Nos églises manquent de couleur et de vie ? sûrement pas celles du passé ! En 1971, l'oeuvre a été restaurée par les Beaux-Arts.



Au-dessus de l'entrée principale, à droite, un personnage à forme humaine mais aux cornes de cerf tire une chaine liant toutes les scènes, et représentant les différents vices; Ils sont illustrés par des personnages chevauchant un animal, et trainés en enfer.


De droite à gauche, un homme couronné (roi) monte un lion, c'est l'ORGUEIL.
Un autre homme, en robe rouge doublée d'hermine chevauche un lévrier et tend la main pour saisir quelque chose : C'est l'ENVIE.
Suit un personnage croisant les bras sur son escarcelle, soucieux, assis sur un loup, c'est l'AVARICE.



Toujours de droite à gauche, la LUXURE, jeune homme drapé dans sa houppelande appelle de la main droite et monte un bouc. (Nous saisissons bien le lien entre le vice et sa représentation imagée !)

Son voisin s'empiffre, une chope à la main, porté par un porc mangeant dans un chaudron : La GOURMANDISE.



Un guerrier revêtu de fer se transperce de son épée, c'est la COLERE. Il chevauche un chat sauvage.



Enfin, la PARESSE monte nonchalamment un âne indolent. Tout exprime la lassitude, et le manque de tenue. Les rênes tombent des mains du cavalier. L'ensemble est fustigé par un démon armé d'un bâton, l'enfer n'attend pas !

A noter, l'église gothique du XIII° recèle quelques petites merveilles telles ces nombreux visages ornant les chapiteaux de colonnes (voir photographie de la fresque représentant la paresse).

On dit même que le diable s'est invité dans ce lieu saint, mais n'a guère pu aller plus loin que l'entrée. Levez la tête, et telle une armoirie démoniaque, il orne une clef de voûte.


Malheureusement, l'humidité s'infiltre d'une manière accrue dans les murs, depuis la réfection d'un crépi extérieur... La fresque de la chaine des vices durera-t-elle encore 5 siècles ?

dimanche 7 octobre 2007

Poème soufi

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux...

La confrérie soufie Nematollahi est une société initiatique traditionnelle originaire d'Iran, dont le terreau religieux est l'Islam. Le Dr Nurbakhsh est l'actuel maitre de l'Ordre.

Extraits d'un de ses poèmes. Les amoureux de Dieu ont une ressemblance commune, tout ce qui s'élève se rejoint, quittant la multiplicité des formes pour l'unité de l'Essence.

Tiré de "Amour et Désir"

(...)
Lorsque l'amoureux s'échappe du piège du monde,
Il n'y a plus personne comme lui dans le royaume du cœur.
Pour triompher d'un seul bond le fardeau de l'épreuve,
L'on doit arriver à la station de ceux qui ont le cœur engagé.
Divinement, l'amoureux se fond dans Dieu;
Et comme dans un état d'ébriété, laisse derrière lui le monde.
L'amoureux sincère, totalement consumé,
Arrive dans le royaume des gens ivres au cœur en feu.
Tout ceci est légitime au nom du décret de l'amour
Si seulement le cœur est ivre et en amour.
(...)
Si tu es guidé dans le monde du cœur,
Ton âme apprendra à connaître l'amour soufi.
C'est un amour au sommet de tous les amours,
Etant fondé sur le vrai discernement et la foi.
Le soufi ne trille pas comme le rossignol.
Sa douleur, il la cache dans son cœur et ne l'exprime pas.
Le soufi ne passe pas son temps à sautiller de branche en branche,
Il passe plutôt sa vie en restant prosterné devant l'Objet Un.
Le soufi n'est ni attaché à la couleur ni à l'odeur du parfum comme la rose
Car la couleur de ses habits est incolore.
Le soufi n'est pas hypocrite comme la phalène
Car il n'est intéressé à rien d'autre en dehors de Dieu.
La ferveur du soufi ne se trouve pas dans sa tête
Comme c'est le cas de la bougie,
Sa passion est dans son cœur, mettant ainsi le feu à son âme.
Le cœur de l'amoureux soufi est livré à Dieu seul,
Lui qui est la cause d'étonnement chez beaucoup.
Bien que le soufi n'ait aucune connaissance de l'Essence de Dieu,
Son cœur est ivre du vin de Ses Attributs.
(...)
Le soufi n'aspire ni à l'un ni à l'autre monde,
Il ne se laisse distraire ni par le discours ni la discussion.
Puisque le Bien-Aimé du soufi est éternel et immortel,
L'amour soufi s'accroit jour et nuit, ne diminuant jamais.
Tel est le vrai soufi, attaché à Dieu,
Détaché de lui-même, et des deux mondes.
Il connait son Seigneur
Qui le guide à Lui-même.

Dr. Nurbakhsh

Les morsures passionnelles

Une église, un temple au Très-Haut, un lieu consacré à l'élévation : les influences mauvaises doivent restent à la porte. L'illustration de cette purification nécessaire de l'esprit et de l'âme s'inscrit dans la pierre taillée de l'art des bâtisseurs. Sur cette frise en relief ornant le portail principal de l'église de Caylus (82), de chaque côté de la lourde porte, se déroule un bestiaire fantastique et symbolique.


Etres hybrides, corps animaux et têtes humaines se liant et se succédant, dans une course hasardeuse, tel l'écheveau de nos pensées se liant les une aux autres sans trouver de répit.

Animalité du corps et de ses besoins, visage de l'intellect tourné vers nous :

Comment ne pas penser à ce passage présent dans 2 évangiles, Marc et Matthieu : "Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, l'esprit est ardent mais la chair est faible". (Mt 26,41 et Mc 14,38)

Et le bestiaire continue, tête d'âne sur corps d'iguane (asservissement de la chair à l'intelligence bornée), dragon mordu par un chien (force vitale bloquée par les besoins instinctifs), et dans le même registre de ce dernier symbolisme, deux dragons freinés dans leur élan se retournent, mordus par un personnage affreux, aux ongles et dents acérés :


N'y aurait-il pas quelque désir sombre, quelque péché capital nous empêchant de rejoindre la Vie, le Christ ? Car c'est bien Le Christ qui "joint" la frise. Notre force vitale et primaire semble s'élancer vers la spiritualité quelquefois, se fait rattraper par ses faiblesses et son manque de persistance dans le travail sur soi, néglige l'abandon à l'Esprit et regarde en arrière. L'oiseau (symbole aérien, légèreté de l'esprit porté à contempler les hautes réalités :

Ici, l'oiseau ne vole pas, mais regarde "haut", il ne picore pas les graines terrestres mais voit dans les frondaisons de la forêt humaine les cimes illuminées de la conscience, éclairées par un soleil "hors cadre". L'oiseau est également signe de l'Esprit-Saint, troisième personne de la Trinité dans la conception chrétienne de Dieu (protestante, orthodoxe et catholique).

Une Vierge à l'enfant et une scène de crucifixion terminent la frise du côté droit.

Là où il y aurait dû avoir une fin, il y a un début. L'échec de la croix devient la victoire de l'Amour qui pardonne, principe de libération. Du côté ouvert jaillissent le sang (du salut) et l'eau (de l'Esprit); "Tout est accompli" dit le Christ : La mort elle-même est vivifiée par la Présence de la Vie, l'adoption effective de Jean par Marie (Voici ton Fils), et la présence définitive de Marie chez l'Apôtre (Voici ta Mère). L'arbre de la croix devient Arbre de Vie, planté sur la terre, étendant aux 4 points cardinaux son message victorieux. Notre existence peut être transcendée, tous sont appelés à la réalisation en eux de Dieu. La bonne nouvelle de l'échec du mal et de la mort est parvenue jusqu'à nous. Et nous pourrions déboucher sur un sujet en soi, Dieu n'a pas fait le mal ni la mort, leur donner une raison d'être reviendrait à les légitimer; mais ils deviennent ce que nous en faisons : Ou ils nous font entrer dans leur ronde infernale, où nous les prenons tels qu'ils arrivent pour les terrasser en ne regardant pas en arrière mais haut et loin, vers le Christ.

jeudi 4 octobre 2007

Monseigneur Stanislas Baudry

En rentrant par la porte principale de l'église de La-Pommeraie-Sur-Sèvre en Vendée, s'offre au regard à droite les fresques dont je parlerais un peu plus tard, et à gauche un "souvenir" de Mgr Stanislas Baudry, évêque de Sichang, chine.



Le panneau de bois se trouve à l'emplacement des anciens fonds baptismaux où (dit l'inscription) "les enfants devinrent fils de Dieu de 1848 à 1957".
Né le 27 novembre 1887 à La-Pommeraie, il rentre à 20 ans au séminaire des missions étrangères de Paris en 1907 où il s'illustra par son goût pour les farces. 1913 voit son ordination sacerdotale et son départ pour la Chine.
Il apprend le Mandarin et sillonne le territoire du Kientchang infatigablement, faisant le lien avec les chrétiens, annonçant l'évangile et fait même office de médiateur/arbitre pour les différends locaux.
Le 30 octobre 1927, le père S. Baudry reçoit le sacre épiscopal, et poursuit avec plus de moyens son oeuve apostolique : Erection d'églises, de dispensaires, d'écoles...
Il prend à coeur la constitution du clergé local par des prêtres chinois, nécessaire aboutissement d'une mission comme il aime le souligner.
Assassinats, incarcérations et contraintes de toutes sortes accompagnent l'arrivée des troupes révolutionnaires à Sichang. Décembre 1951 voit son retour à La-Pommeraie-sur-Sèvre, via Hong-Kong. Il se réinvestit dans la vie ecclésiale locale, notamment en l'hôpital de Noirmoutier.
1953, le cancer s'invite dans les projets de l'évêque. Après une opération sans rémission, le grand départ brille à l'horizon de sa vie. Grâce parmi les grâces, que de voir sa fin venir et ne pas la fuir comme il est de coutume aujourd'hui, dans la fausse pudeur des "morts choisies et dignes". Dans ses ultimes souffrances, il souriait à tous, et ne se plaignait pas... Il est vrai que nous ne sommes pas des saints, et comme nous en sommes bien convaincus, nous n'essayons même pas de leur ressembler. La peur nous lie, nos plaisirs nous aveuglent, et nos soucis nous accaparent... Sommes-nous libres, ou esclaves ?
Il gardait secrète la profondeur de sa foi et l'intensité de sa vie intérieure. A ceux-là qui ne comprennent guère l'importance du secret dans la voie initiatique, il faut dire que le bien ne fait pas de bruit, mais que le bruit ne fait pas de bien ! L'humilité exige plus d'enfouissement que d'exubérantes démonstrations; Le rayonnement christique se fait de lui-même.
Monseigneur Baudry mourut le 6 août 1954, à Paris.


Revenons au panneau : Sa devise, "Sectare Caritatem". Son emblème, le pélican. Attardons-nous un peu sur la symbolique du pélican. Quelques animaux imagent le Christ, ou un de ses aspects : L'agneau, le poisson, le pélican... Ici, l'accent est mis sur le sacrifice. Le pélican semble nourrir de sa chair et de son sang ses petits lorsqu'il se presse le "coeur" pour régurgiter les poissons. Et comme sacrifice-mort-résurrection sont indissociables dans la symbolique chrétienne, c'est toujours un signe indiquant où se trouve la source de Vie. Très proche symboliquement du "phénix" qui renait de ses cendres, le pélican est aussi attaché à un grade de l'Ecossisme maçonnique Ancien et Accepté.

mardi 2 octobre 2007

Eglise de Caylus et Ordre du Temple


L'Eglise fortifiée de Caylus, Tarn-et-Garonne, XII° siècle.

En descendant la rue droite parallèle à la nationale, on passe devant la maison des loups, demeure médiévale aux gargouilles évoquant les loups nombreux à cette époque. Tout de suite après, sur la droite, l'église massive est séparée d'une maison probablement templière par une ancienne porte de la ville. Un passage couvert existait, comme en d'autres chapelles templières : Possibilité d'assister aux offices par l'accès dans une chapelle personnelle à l'Ordre (celle du Commandeur). Etait-ce le cas à Caylus ?

Nous sommes accueillis par St Jean Baptiste en pleine lumière surplombant la porte principale. Nous retrouverons St Jean l'évangéliste, dans un lieu plus obscur, et comme voilé sous le symbole. Comme d'habitude, ils se répondent et semblent marquer d'une part l'accès au sacré par la plus grande ouverture (exotérique, le culte), et d'autre part par la porte basse de l'imagerie (ésotérique, le symbolisme). La vie intérieure n'est-elle pas faite de cercles concentriques nous appelant au centre de nous-mêmes, à Celui qui est Le Centre parfait, Dieu ? Rester en périphérie de soi, c'est aussi subir la force centrifuge de la vie qui expulse de toute intériorité.

St Jean l'évangéliste sous les traits d'un aigle à la vue (intérieure) perçante. Un phylactère sort de son bec, la prédication de l'Evangile.
Détail de la chapelle basse.

Sur cette rambarde de la chapelle haute, nous voyons en contraste un motif en Tau (traditionnellement attaché à dénommer l'Ordre du Temple). Les hasards (?) décoratifs font quand même bien les choses.

Le pouvoir grandissant des templiers fit de l'ombre à la royauté (Philippe le Bel) et à la papauté (Clément V). L'Ordre, guerrier et financier aviva toutes les rancunes et les convoitises du peuple comme des puissants. Le fonctionnement de cette société chevaleresque et monastique, fins banquiers de l'époque restait trop obscur pour beaucoup. Or, comme il est dit, la haine du secret pousse aux pires affabulations. Leur règle, donnée par Saint Bernard n'était pas divulguée; Les pratiques de l'0rdre, bien trop mystérieuses, leur économie parfaitement verrouillée... Pouvoir temporel et pouvoir spirituel se liguèrent et conduisirent à l'arrestation des frères, à leur torture et à leur mise à mort pour hérésies et autres accusations idolâtriques. A Paris, le Gd Maître de l'Ordre Jacques de Molay et une quarantaine de ses frères furent brûlés. La légende raconte qu'avant d'agoniser, il convoqua le roi, le Pape et Guillaume de Nogaret, mauvais conseiller du roi devant le tribunal de Dieu dans les quarante jours. Ils moururent tous dans l'année.
Merci à Jérémy qui m'inspira ce soir ce sujet.